Exposition : Claudine Lavit Lahlou : Brèche de l'espérence
ABDELHAK NAJIB
22 Mai 2006
La parole soulève plus de terre : Que le fossoyeur ne le peut René Char
L’arbre meurt debout, à plus forte raison un palmier aux multiples ramifications. Il peut même apporter le plus grand démenti sur la longévité et la rigueur en plantant plus loin ses racines dans la terre la plus aride et en poussant ses fines lamelles plus haut vers le firmament. Lamelles à la fois perçues comme des échancrures qui disent le temps et une volonté d’épouser les sinuosités du temps. C’est à peu près cela que nous touchons du regard devant un triptyque de Claudine Lavit Lahlou. Une forte présence de l’élément végétal, une façon de dire que la naissance est d’abord dans le branchage (le titre de l’une de ses dernières toiles) où l’enchevêtrement des feuilles rappelle celui des sentiments : confusion des genres, liens immémoriaux sur fond d’infini. Quand Claudine Lavit peint, c’est d’abord la liberté qui préside à l’acte. La toile n’est pas le centre de son activité, elle est tout au plus le point de départ vers un cheminement que le pinceau invente et dont le sujet ne peut révéler que quelques contours déchiquetés. Chez Claudine Lavit, nous avons le sentiment que le sujet est un prétexte pour appréhender l’inconnu. On aurait pu dire, pour paraphraser un illustre aîné, ceci n’est pas une palme. Elle l’est de fait et elle se transcende dans ce mouvement qui va de la toile à soi. Dans le creux de cet échange, on peut aisément perdre son fil comme une Ariane soudainement frappée d’amnésie, mais on peut aussi trouver sur le chemin une part non-révélée de soi grâce à cette pureté du tracé, ce regard tendre et humain sur l’objet, avec cette constante que ce qui est donné à voir n’est jamais que le début d’une réflexion qui implique l’Être dans son essence primale. Chez Claudine Lavit, peindre, c’est aimer à nouveau. Et voici en guise de final un morceau choisi de la poésie de Claudine Lavit qui sait que peindre et écrire peuvent réussir cette bi-paternité chère à ceux qui rêvent pour le mot d’une image et pour l’image d’un concept pour la soutenir :
«Tombent les bombes / tombes/de pierres éclatées /d'âmes ensevelies
incrustées à jamais/dans leur terre /ensanglantée/semences de mémoire
enracinées dans l'horreur /pour germer/au jardin du pourquoi
Tombent les bombes/ tombes /creusées à vif /en cris éventrés /jusqu'au travers
de nos âmes / et plantent en nos cœurs/ l'étendard de la honte » (Claudine Lavit Lahlou
8 mars 2003)