La semaine écoulée aura été celle de toutes les autocongratulations. Les gens du cinéma au Maroc se sont réunis et se sont applaudi chaleureusement pour célébrer une année “de grande production cinématographique”. Une attitude pour le moins étrange quand on prend en compte que le cru 2004 aura été des plus insignifiants.
Noureddine Lakhmari
Pas un seul titre ni un seul film en 2004 qui vaille la peine que l’on s’y attarde. C’est, par excellence, l’année du faisage, du remplissage, de la perte de bobines. Pourtant, les autosuffisances s’en sont donné à cœur joie la semaine passée lors d’une réunion menée tambours battants sur l’excellence de la production cinématographique marocaine. Il faut le dire d’emblée, ceux qui se réclament du cinéma au Maroc mélangent quantité et qualité et s’en félicitent. C’est à croire que pour se sentir bien, il faut juste se le dire. Aussi bonnement que cela. Et, de fait, c’est ce qui arrive quand on a la médiocrité comme barème de jugement. Comment a-t-on fait son compte pour juger l’année 2004 comme une bonne année de cinéma? C’est un secret que personne ne saura saisir surtout qu’aucun argument présenté lors de cette réunion de complaisance ne peut tenir la route. Et pour recadrer le débat, on remonte le fil de l’année. D’abord des productions comme Jawhara et Derb Moulay Chérif de leurs réalisateurs Saâd Chraïbi et Hassan Benjelloun. Les deux plus attendus du début de l’année 2004 pour avoir traité de thèmes alléchants et vendeurs. Ils se sont avérés deux bons flops, deux navets cuisants, deux très mauvais films avec une mention spéciale pour Derb Moulay Chérif, mieux fait et plus maîtrisé dans son approximation que le Jawhara qui est un réel ratage à tous les niveaux. Voilà pour les deux films qui se présentaient comme sérieux. Pour le reste, le film de Darkaoui sur le second volet de son Casablanca By Night, il ne faut même pas s’y arrêter. Il n’y a absolument rien à dire sur ce tas d’images. C’est un film fait pour l’oubli simultané. Les Bandits de Saïd Naciri a fait recette, tant mieux pour son réalisateur. Mais ce n’est ni sérieux ni décent de parler de ce travail comme d’un bon film marocain de l’année 2004. Et l’ingrédient fric n’est pas du tout un argument solide pour attester de la qualité de n’importe quoi. Encore moins un ramassis d’images aussi disparates, mais, il faut le dire, qui marchent. Quant à Rahma d’Omar Chraïbi, c’est une calamité filmique qui n’a ni odeur ni saveur ni contenu ni signifiance pour parler comme tous les “critiques” locaux. Du racolage télévisuel gonflé cinématographiquement avec un amateurisme des plus plats. Que nous reste-t-il de cette magnifique année 2004 ? Mille mois de Faouzi Bensaïdi. Mais soyons un tantinet sérieux. Jamais ce film n’aura eu son quart d’heure de gloire sans le passage cannois. On le sait, son réalisateur le sait. Et il faut dire que Faouzi faisait de bons courts, et là, il nous a livré un très mauvais long. Point à la ligne.
Qui d’autre ? Nabyl Lahlou et son enquête méritait mieux de la part et du public et de la “critique” mais nous savons tous de quel bois est chauffée cette affaire. Alors passons. Et c’est là que nous entamons les fleurons de la cinématographie locale formés ailleurs. Nous attendions beaucoup de Hassan Legzouli et autant d’Ismaël Farroukhi. Ils n’ont pas démérité, ils ont tout simplement déçu. Précipitation et manque de recul dans des thèmes qui demandaient plus d’audace, plus de sensibilité. Moyens, dirons-nous.
Que reste-t-il encore? Outre Hakim Belabess et Narjiss Nejjar, nous sommes devant un précipice cinémateux sans nom. Et c’est là que nous abordons le meilleur de l’année 2004. Le Regard de Nourredine Lakhmari. Le seul film qui sauve cette mièvre cuvée 2004 dont beaucoup sont fiers. Oui, le Marocain d’Oslo aura réussi son pari d’un film bon à plusieurs niveaux. Une réelle leçon de cinéma qui devrait servir d’exemple à beaucoup de ses aînés qui ne savent du métier de l’image que des approximations.
Alors où est donc cette belle et merveilleuse année du cinéma 2004 dont nous autres Marocains devrions jubiler de gratitude ? Une simple vue de l’esprit qui arrange tous ceux qui s’avancent vers la lumière non pour mieux voir mais pour mieux briller.