N°589 - 05 Septembre 2008
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N°589 - 05 Septembre 2008
 



 

 




Dans les établissements scolaires : Cocaïne et héroïne : humer en ligne droite

Mohamed Ahed
05 2008

«On appelle une éducation réussie, celle qui permet à l’élève de récuser ses maîtres»(*). Nous sommes loin de discuter cette thèse dans le vécu de nos établissements scolaires et nos foyers où désobéissance et délinquance font loi.

74 personnes, notables et richards, ont été mêlées en 1984 à un dossier extraordinaire pour l’époque ; celui de la consommation de drogues dures. La mort mystérieuse d’un fils de notable a suscité des remous et fait du Maroc une tête d’affiche dans le monde entier. Car, à l’époque, il ne s’agissait que de consommateurs.
La morale de ce rappel consiste au fait qu’il n’y a pas longtemps, pas même cinq ans, la consommation de l’héroïne et de la cocaïne était réservée à des personnes issues de milieu aisé, clos et irréprochable. N’importe qui ne peut pas se permettre de sniffer jusqu’à 5.000 DH par jour, en plus des à côtés. La sensation que procure la consommation de ce genre de drogues est tellement forte, que l’extase rend aux yeux de l’accro, la vie en rose. Tout devient possible, facile à obtenir. Encore faut-il avoir les poches pleines. Ces derniers temps, la cocaïne, si elle ne fait pas toujours (puisqu’il le faut) la Une surtout de la presse écrite, elle y occupe des colonnes assez importantes. Des mômes se droguent. L’héroïne, en provenance d’Afghanistan, transitant par l’Algérie, est vendue à l’étalage à Tétouan à 30 DH la dose. La cocaïne a envahi collèges et lycées même d’enfants issus de milieux défavorisés, dont le salaire des parents ne dépasse pas les 50 DH par jour.

Malheurs pluriels
A l’heure des paraboles et des scooters, des espadrilles signées et des sorties organisées, les élèves veulent se ressembler. Leur rapport de force est l’âge qu’ils partagent. Dans les établissements de certaines missions étrangères, on consomme de la cocaïne et de l’héroïne ; dans d’autres, on veut faire de même. Les parents sont les derniers à savoir. Que se passe-t-il ? Bien que les parents assez aisés «ferment le robinet» et veillent à l’argent de poche de leur progéniture, en leur assurant le strict minimum pour leurs études : scooter pour éviter la sardinisation dans les moyens de transport en commun, portable pour suivre leurs déplacements, les garçons volent et les filles se prostituent avant le coucher du soleil. En effet, en 2007, la salle d’audiences n° 8 du tribunal de Première instance de Casablanca, a examiné pendant plus d’un mois, le dossier de quatre élèves du Lycée Lyautey, poursuivis pour consommation et détention de cocaïne. A Essaouira, pendant le célèbre Festival des Gnawa-s, des fils de notables, lycéens encore, louent des Riads à 1.000 DH par jour et s’adonnent à la forte consommation des drogues dures, sons de guitares et chants de Gnawa-s, payés pour la nuit, en sus.
Cette situation catastrophique est la résultante de plusieurs facteurs. D’abord, des dealers ont compris les techniques du marketing et ont mobilisé tout un staff qui offre, dans un premier temps, une partie de capsules à des habitués de bars et de cabarets ou devant les collèges et lycées. A la troisième prise gratuite, le service devient payant : entre 900 DH et 1.000 DH la dose. D’où l’élève va-t-il se procurer cet argent ?
Les garçons volent bijoux et objets de valeurs à leurs parents ou deviennent homosexuels, faisant le trottoir sur les grandes artères. Les filles, munies du portable que papa a acheté, ou surfant sur le Net, «se laissent aller» pour 200 DH ou font du nudisme et des chats pornographiques pour recevoir des mandats électroniques sur leur compte bancaire.
Les drames sont immenses, mais notre système éducatif est loin d’en mesurer les véritables conséquences !
(*) Maude Mannoni, dans
«Education impossible»


 

 

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