L’appareil grippé des partis est une évidence nationale !
Lamine Belarbi
25 Juillet 2008
Islamistes, socialistes et marxistes sont d’accord sur le constat : l’appareil de leurs partis respectifs est dans un état déplorable. Il y a urgence, s’écrie-t-on de toutes parts. Approche.
Les uns sont islamiquement intégristes, les autres sont intraitablement marxistes léninistes, et les troisièmes sont socialement démocratiques. Ils ont beau se positionner différemment, politiquement et idéologiquement, l’analyse des membres du PJD, Annahj et de l’USFP n’en est pas moins identique : l’appareil de leurs partis respectifs est indéniablement grippé. L’aggiornamento est plus que jamais à l’ordre du jour. Juste après son élection, le nouveau Secrétaire général du PJD Abdelillah Benkirane, n’a pas hésité à dresser son agenda. Dans une déclaration à la presse, le BCBG islamiste a été des plus clairs à faire du chantier interne une priorité. «Le Maroc a besoin d’un parti à même de drainer les masses et renouer avec la politique noble», a-t-il dit. Pour sa part, le parti marxiste Annahj Addimocrati a organisé son deuxième congrès sous le signe du renouveau organisationnel. Il était remarquable, bien évidemment, que le parti qui a fait tout au long de son parcours de la question du pouvoir son cheval de bataille, s’attelle à examiner l’état de son «organisme». Quant aux socialistes marocains, ils sont, depuis bien un an au moins, au chevet de leur parti. De diagnostic en évaluations, les rapports qui alarment se répètent et se ressemblent : l’USFP a impérativement besoin d’une refondation et une réorganisation pour pouvoir survivre à sa sclérose pathologique ! De quoi donner des frissons aux militants et faire de la question un passage obligé pour sinon une modernisation, du moins une mise à niveau. Outil de lutte pour les révolutionnaires d’antan, l’organisation partisane est depuis le choc du 7 septembre, sujette à une vivisection permanente.
Culture de la réforme
Certes, des voix parfois taxées de dissidence sonnaient ici et là l’alarme et revendiquaient un sursaut, il n’en demeure pas moins que toute approche mettant en cause la vie interne des partis était suspecte aux yeux, justement des apparatchiks! Ceux-là mêmes qui sont actuellement cloués au pilori ! La revendication politique, le rapport de force avec le pouvoir, ou à moindre échelle, le positionnement idéologique, primaient sur tout autre question. L’essentiel a toujours été ailleurs. Publiquement pointés du doigt, les professionnels de l’appareil ne sont pas le seul handicap. Le problème est de ce fait beaucoup plus grave. D’abord, comment et pourquoi le parti, forme évoluée de l’organisation et de l’appartenance, s’est-il transformé en un appareil ? Juste un appareil ! Ensuite, pourquoi, deux ans après la loi sur les partis, ces derniers ne sont pas encore imprégnés de la culture de la réforme qui sous tendait ladite loi ? La question à laquelle doivent répondre les partis, quel que soit l’angle d’attaque, est la suivante : outil de réforme et de démocratie, les partis peuvent-ils faire l’économie de la réforme et de la démocratie ? Bien qu’évidente, la réponse a un nom : le courage d’être à jour !