Temps d'antenne : Un différend pour le bonheur de la démocratie
Lamine Belarbi
18 Juin 2007
Ahmed Ghazali, président de la HACA.
Signe des temps : ce n’est guère l’opposition qui s’en prend aux décisions de la HACA, mais c’est bel et bien la majorité qui est en colère. La plus haute instance de l’audiovisuel dans le pays, a partagé le temps d’antenne électoral et n’a pas fait que des heureux. L’UMP de Mohand Laenser, l’USFP de Mohamed Elyazghi, entre autres partis aux commandes, ont déjà fait savoir, aussi bien par voie officielle que via leur organe de presse, qu’ils étaient en colère. Pomme de discorde ? «Les partis politiques qui représentent 90% du Parlement, c’est-à-dire le MP, l’USFP, l’Istiqlal, le PPS, le PJD, l’UC et le PND se voient octroyer, par la seule volonté des gardiens des médias audiovisuels du service public, 40% du temps d’antenne, aussi bien en campagne électorale que pré-électorale. Tandis que les partis restants, c’est-à-dire ceux qui représentent moins de 10% au Parlement ainsi que toutes les formations politiques nouvellement créées, se partagent 60% du temps d’antenne». C’est ce que nous pouvons lire sur les colonnes de Libération, l’organe de l’USFP et dont le directeur n’est autre que Mohamed Elyazghi en personne. Ce qui veut dire en clair, que des partis comme l’USFP, l’Istiqlal, le Mouvement populaire et le PJD, explique Libération «ont droit à 9 mn de temps d’antenne alors que le PSU, qui n’a pas plus de trois parlementaires sous la coupole est gratifié, lui, de 19 mn de ce même temps d’antenne». Les sages de la HACA devaient tenir, mardi dernier, une conférence de presse pour mettre les points sur les «i». Elle a été reportée à une date ultérieure. En fait, la décision du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, ayant trait au pluralisme d’expression des courants de pensée et d’opinion, a déjà été publiée au Bulletin Officiel en décembre 2006. On en retient surtout, que «le temps cumulé des interventions des membres du gouvernement et des partis de la majorité parlementaire, ne dépasse pas le double du temps consacré aux partis appartenant à l’opposition parlementaire, au sein de la Chambre des représentants». Les périodes électorales obéissent, elles, à une autre logique que la HACA devait finaliser, en s’inspirant de modèles d’autres pays pionniers en la matière. On en est donc à une phase «expérimentale». Faut-il, cependant, en conclure que le différend est, en soi, un fait fâcheux ? Loin s’en faut.
Car, il n’est que sain que la majorité, donc l’exécutif, et une instance indépendante, qui plus est incarne le quatrième pouvoir, entrent en litige. Il en va, sûrement, de la force des structures démocratiques. Ainsi, quel que soit le dénouement, il faut se féliciter de cette «friction» qui a allure d’apprentissage démocratique. Un cas qui en rappelle un autre : celui de l’affaire du Conseil Constitutionnel et le gouvernement, à propos de la loi électorale. On s’en souvient encore : le Conseil avait désavoué l’équipe de Jettou et donné, partiellement certes, raison à l’opposition. Les institutions marchent et c’est ce qui fait le bonheur de la démocratie !