N°552 - 24 Novembre 2007
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AFFAIRE BEN BARKA : Ce que l’on ne vous a jamais dit
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N°552 - 24 Novembre 2007
 



 

 




AFFAIRE BEN BARKA : Ce que l’on ne vous a jamais dit

Abdellatif El Azizi
24 Novembre 2007

Intox, barbouzeries et manipulations diverses, effets de manche et justice politicienne, jamais l’affaire Ben Barka n’aura connu autant de rebondissements. Sans pour autant que le dossier avance. Retour sur une affaire aux contours de plus en plus incertains.

Mehdi Ben Barka.
Max Fernet, Jacques Aubert, Louis Zollinger, Jacques Foccart, Paul Jacquier et Simbille

Le dernier épisode de l’affaire Ben Barka ne manque pas de piquant. Un ex-barbouze soupçonné d’avoir enlevé, torturé et assassiné le leader de la gauche, qui rompt le silence après plus de quarante ans, pour intenter une action en justice contre le juge français Ramaël, voilà de quoi alimenter une chronique judiciaire bien en mal de révélations. Ainsi, l’avocat de Miloud Tounzi a fait état vendredi dernier du dépôt d’une plainte pour «violation du secret de l’instruction et recel».
«C’est avec la plus grande stupéfaction que le 19 octobre dernier monsieur Miloud Tounzi a appris par monsieur Joseph Tual, journaliste à France 3, qu’un mandat d’arrêt international allait être émis contre lui», s’est contenté d’indiquer l’avocat du fameux «Chtouki» dans un communiqué transmis à l’AFP.
Me Philippe Clément a précisé que son client n’avait auparavant «jamais fait l’objet de la moindre convocation par le magistrat en charge du dossier» et que par conséquent, sa présomption d’innocence a été violée.
Quant à la plainte, elle a été déposée le 13 novembre auprès du procureur de la République de Paris, une information que nous avons bien confirmée auprès de sources judiciaires françaises. Selon des sources bien informées, Tounzi a joint dans sa plainte une pièce à conviction de taille : l’enregistrement de conversations téléphoniques qui proviennent d’un personnage qui se faisait passer pour un journaliste bien connu. Comme seule une expertise judiciaire permettra de déterminer si la voix qui figure dans les enregistrements est bien celle du journaliste, la seule chose qui paraît claire aujourd’hui, c’est que Tounzi a été à plusieurs reprises «invité à quitter précipitamment le Maroc en raison du fait que sa vie était en danger. Les appels en provenance de Paris revenaient souvent sur cette éventualité insistant sur le fait que des généraux marocains étaient décidés à faire disparaître l’homme en raison de son implication dans l’affaire Ben Barka». Tounzi aurait même reçu des garanties pour que son exil politique en France, en Espagne ou au Canada soit facilité et agrémenté d’une bonne rente.

Riposte

La sortie inattendue de Tounzi tombe quelques jours à peine, après la scabreuse histoire des quatre mandats d’arrêt, visant notamment de hauts responsables marocains, qui viennent à peine d’être diffusés par Interpol, dans le cadre de l’enquête menée en France sur la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka en 1965.
Rappelons que le 22 octobre, le juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris en charge de cette enquête, Patrick Ramaël, avait signé cinq mandats d’arrêts internationaux. Qui visent le chef de la gendarmerie royale marocaine, le général Hosni Benslimane, l’ancien chef des services de renseignement le général (à la retraite) Abdelkader Kadiri, Abdelhak Achaachi, ancien agent du Cab 1 et enfin Miloud Tounzi, membre présumé du commando qui a enlevé l’opposant marocain, une unité d’élite des services secrets marocains. Une information qui tombait au moment même où Sarkozy mettait les pieds au Maroc.
Réponse du berger à la bergère, Tounzi vient donc de renvoyer la balle dans le camp français. C’est de bonne guerre. Le procédé annonce sans doute un revirement certain et une nouvelle stratégie de la partie marocaine quant au traitement de ce dossier. Désormais, on riposte. Dès qu’un responsable marocain est épinglé, on ne se met plus aux abonnés absents. Dixit Yassine Mansouri et le juge Garzon. Une affaire qui n’a rien à voir avec le dossier Ben Barka, mais qui dénote d’un nouvel état d’esprit : le patron de la DGED n’a pas hésité à menacer le juge de le poursuivre en justice pour avoir été cité comme tortionnaire dans une sombre plainte concoctée par des polisariens.
En tout cas, aujourd’hui, la plainte de Chtouki remet en question toute la procédure employée jusqu’à présent dans cette affaire comme elle replace l’enquête dans son élément originel, à savoir que l’assassinat de Mehdi Ben Barka, avant d’être une affaire franco marocaine, est aussi une affaire franco française.






Qui est vraiment Miloud Tounzi,
alias Larbi Chtouki ?


Malgré tout ce qui a été dit sur le personnage, l’identité de Larbi Chtouki est loin d’être confirmée. Le vrai Chtouki celui qui a vraiment participé à l’enlèvement de Ben Barka aurait une autre identité, un certain Ouachria, un des fidèles compagnons de Dlimi. Selon des sources locales à Sidi Kacem qui ont connu les deux hommes, c’est bien ce personnage qui se faisait appeler Larbi Chtouki. Toujours est-il que c’est Miloud Tounzi qui a endossé la casquette du fameux Larbi Chtouki, impliqué de façon directe dans l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965. Né le 2 mai 1939 à Azemmour, Miloud Tounzi, de son vrai prénom Mokhtar a démarré sa carrière à la brigade spéciale (BS) d’Oujda, née à la fin des années 1950. À peine recruté, l’homme est chargé de la surveillance des activités et des moindres mouvements des maquisards du FLN (Front de Libération Nationale algérien), tolérés au Maroc et qui se déplaçaient entre la ville d’Oujda et de Nador. «Miloud Tounzi avait une réputation sulfureuse car l’homme était d’une audace légendaire, il n’hésitait pas à s’embarquer dans des opérations extrêmement dangereuses, parfois sans en référer à ses supérieurs» rappelle un ex des services.
À l’Indépendance de l’Algérie en 1962, l’homme va réussir un coup de maître puisqu’il va infiltrer les opposants marocains. Ces coups d’éclats vont le mettre directement sous les feux de la rampe. A l’époque, les tous puissants Mohamed Oufkir et Ahmed Dlimi, régnaient en maîtres incontestés sur les services d’espionnage du royaume. C’est pour cette raison qu’ils font appel à Miloud Tounzi en 1961 pour qu’il participe à la création du Cabinet 1. Dirigé par le commandant Ahmed Dlimi, adjoint du colonel Oufkir, qui occupait le poste de directeur général de la DGSN, ce nouveau service secret aura une direction des Opérations Techniques (OT) que Miloud Tounzi pilotera jusqu’à la fin. Chargé de recueillir les informations sur des personnes physiques et morales, ce service des Opérations techniques fait souvent appel à la filature, l’achat des sources humaines, l’interception de communications et de télécommunications ainsi que la violation des domiciles. C’est peut-être au sein de cette cellule que l’affaire Ben Barka a été imaginée. Ce qui explique qu’on ait décidé de faire de Miloud Tounzi, le véritable «Chtouki» de l’affaire Ben Barka.







Chronologie judiciaire française

Dans la chronologie judiciaire de l’instruction du dossier qui a démarré en 1966, soit quelques mois à peine après l’enlèvement, l’officier de police principal Louis Souchon a révélé au juge d’instruction qu’il a informé ses supérieurs dès le 3 novembre 1965 de sa participation à l’enlèvement. Le 15 mars, le juge auditionne les responsables de la police mis en cause, qui assurent que le silence a été gardé pour ne pas gêner l’enquête. Le 17, quelques heures avant son arrestation, Georges Figon sera découvert mort dans son studio : avec une rapidité déconcertante, la justice conclut au suicide. Le 18, Marcel Le Roy, dit «Finville», chef d’études au SDCE, sera suspendu de ses fonctions. La suite, tout le monde la connaît : les barbouzes qui se font tuer comme ceux qui décident de passer aux aveux entraînent dans leur chute le tout puissant patron des services français, le général Jacquier. Le 19 mars 1966, le général Jacquier sera remplacé par le général Guibaud à la tête du SDECE. Zollinger, juge d’instruction, transmet alors le dossier de l’affaire Ben Barka au parquet de la Seine, puis le 26 à la chambre d’accusation. Le 4 avril, le garde des sceaux demandera un supplément d’information. Le 27 du même mois, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris ordonne un large supplément d’informations dans l’affaire Ben Barka. Le 30 septembre, la cour d’assises de la Seine rejette les demandes de mise en liberté présentées par Antoine Lopez. Depuis, silence radio.


 

 

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