N°355 - 16 Février 2004
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N°355 - 16 Février 2004
 



 

 




Comment on manipulait le crack à Marrakech

Par Abdelhak Najib et Karim Serraj
16 Février 2004

Les méthodes utilisées pour couper la cocaïne et multiplier les bénéfices des trafiquants sont diverses et souvent dangereuses. Souvent, de la coke, il ne reste que des poussières mélangées à des substances pharmaceutiques. Décryptage sur les procédés employés à Marrakech.

Voici une vue d’ensemble sur le genre d’attirail pour passer une bonne soirée de crack. Les limonades au Cola semblent là aussi incontournables.

On la surnomme le “déchet”. La drogue qui circulait était du pur frelaté, coupé à toutes les sauces où les doses n’étaient jamais égales et variaient en fonction du produit associé. Dans le jargon, les dealers utilisent plusieurs vocables pour parler des petites opérations de labo improvisées pour grossir les quantités et les recettes. Selon les analyses de laboratoire, nous avons pu identifier quelques produits pharmaceutiques utilisés par les trafiquants pour “frapper”, “refroidir” ou “couper” leur came. La substance la plus fréquente reste le bicarbonate de soude qui permet à la fois d’augmenter la quantité de la fausse-vraie drogue puisque les deux substances ont la même couleur et presque la même texture. Les trafiquants ont trouvé aussi le moyen de mixer leur camelote avec des antalgiques comme Dolamine ou d’autres médicaments à base de caféine et de paracétamol. Une astuce qui a une double fonction : d’un côté augmenter les quantités vendables pour plus de gains, d’un autre côté les antalgiques font office de régulateur de douleur pour éviter les effets secondaires du crack hautement toxique et dont les principaux symptômes restent les maux de têtes insupportables. Autrement dit, quand une personne sniffe ou fume sa dose, elle prend au même moment un antidouleur banal qu’elle paye très cher. Sans oublier d’autres substances qui vont des anxiolytiques aux antidépresseurs qui peuvent aussi donner cette sensation de bien-être et d’euphorie. Il existe trois façons de consommer le crack : sniffer, fumer ou piquer. Chacune ayant ses propres caractéristiques
qui agissent différemment sur le consommateur. Sniffer, ce qu’on appelle en bon marocain “stiyer” (le trait). La méthode consiste à aligner la poudre à l’aide d’un cd-rom ou d’une carte bancaire avant d’utiliser un billet tranchant pour l’inhaler. On raconte qu’il faut de préférence utiliser un billet neuf de l’ancienne coupure de 10 dh qui augmente avec sa “baraka” l’effet de la drogue… Fumer, consiste à brûler le crack sur un narguilé improvisé sur une petite bouteille d’eau minérale. C’est ce qu’on appelle “refroidir” le crack. La troisième voie utilisée par les accros est ce qu’on appelle la “piquouse”. C’est une injection de crack frappé au coca-cola ou à l’eau que l’on s’envoie directement dans les veines.


 

 

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