POUR QUI VOTENT LES SYNDICATS ? : Le syndicalisme du vote !
Lamine Belarbi
01 2007
Pour qui roulent les syndicats? La question autrefois faisait couler beaucoup d’encre, tant il est vrai que les patrons des centrales syndicales faisaient le chaud et le froid. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts entre politiques et syndicats.
L’homme a perdu beaucoup de son entrain. La maladie, la traversée du désert entamée depuis le début du troisième millénaire, entre autres contretemps, ont eu raison de sa boulimie discursive et de sa ferveur. Pourtant, Mohamed Amaoui, le chef tonitruant fait campagne pour les siens. Il a été à Ouarzazat et ailleurs pour prêcher la parole de la gauche radicale. Sa centrale, la confédération démocratique du travail a pris clairement et publiquement parti du Rassemblement de la gauche démocratique, le RGD, dont les militants constituent et la direction et les cadres moyens.
Mohamed Noubir Amaoui et la CDT ne sont pas les seuls syndicats à mettre la main ouvrière dans la patte politique. Mahjoub Ben Seddik, le plus vieux leader syndical du pays, ne fait pas un secret de son soutien aux candidats du PPS. Toujours fidèle à la centrale UMT, le parti de Moulay Ismail Alaoui est ainsi récompensé d’un soutien dont il aura crûment besoin. Et si Amaoui se contente de soutenir les siens, Mahjoub Ben Seddique les «siens des autres» Abderrahmane Azzouzi, le chef de file de la récente FDT, née effectivement d’une scission de la CDT de Amaoui, lui entre en lice pour briguer un siège à Mohammedia. Député sortant, il a déjà été le maire de la ville des roses au temps où lui et Amaoui siégeaient au sein du Bureau exécutif de la CDT!
Candidat
Membre du conseil national du parti, Abderrahmane Azzouzi est fort d’une longue expérience politique. Il figure parmi les «hommes qui comptent» selon l’expression d’un jeune socialiste et camarade du conseil national. Il est à noter, cependant, que l’aile syndicale de l’USFP, n’a su imposer qu’une minorité parmi les candidats. Fini le temps du fifty–fifty avec Amaoui et Cie ? En tout cas, le parti socialiste semble amorcer une longue purge, dans ce sens là ! De l’autre côté, Mohamed Yatim, le syndicaliste barbu de l’Union nationale des travailleurs du Maroc, UNTM, affilié au PJD bataille pour un siège au nom de son parti ! Déjà idéologue de la mouvance islamiste participationniste, il mène le syndicat, en éclaireur idéologique également !
Qu’il soit islamiste ou de gauche, social-démocrate ou simplement ouvrier, le syndicalisme marocain est resté immanquablement imprégné par ses origines. Et elles sont françaises. Effectivement, contrairement au syndicalisme allemand, interdit d’expression politique, celui français «a un positionnement très politique, qui le conduit à affaiblir considérablement la marge de manoeuvre des partis de gauche», selon l’expert des syndicats européens, Peter Jansen. En ce sens, les syndicats font de plus en plus de la politique. «C’est l’avènement du syndipolisme». Pour la petite histoire : lors des dernières élections législatives, les syndicalistes partisans de Amaoui ont fait imploser le premier parti de gauche, l’USFP. Lors du sixième congrès tenu en 2001, à quelques encablures des échéances 2002, l’aile syndicaliste a quitté le navire socialiste en constituant le CNI, Congrés national ittihadi. Un parti au service du syndicat qui n’a obtenu qu’un seul siège ! Pourtant, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que si le CNI est sorti vaincu, lamentablement vaincu, il a par ailleurs infligé à l’union socialiste de Abderrahmane Youssoufi, à l’époque patron des socialistes, une perte sans appel. Aujourd’hui, on évalue les pertes à quelques 20 sièges.
Force ouvrière
Enorme, mais surtout un nombre qui aurait avantagé le parti de Youssoufi dans sa course contre la montre de l’Istiqlal pour la primature. Du passé? Une chose est sûre : le spectre de amaouisme hantera pour longtemps le parti de Mohamed Elyazghi !
Pour longtemps, également, l’UNMT, servira de bras séculier du mouvement islamiste et de courroie de transmission pour ses membres, aussi bien pour nourrir la contestation contre le gouvernement, en deçà du seuil requis pour l’instant que pour faire campagne pour les candidats du PJD.
Il n’en demeure pas moins que le vrai «syndicat» pour le PJD est le MUR, le Mouvement unification et réforme, mené par Mohamed Haddaoui, exclusivement chargé du mouvement. Le Mur est effectivement pour le PJD, ce que le syndicat est pour un parti travailliste : une armée forgeresse et un espace de formation de terrain !