Sahara : Tiraillements au sein du CORCAS sur le champ d’application de l’autonomie interne
Omar EL ANOUARI
25 2006
A l’approche de la date fatidique du 31 octobre et la fin du mandat de la Minurso au Sahara, la fin du mandat de Koffi Annan et l’élection d’un nouveau Secrétaire Général de l’ONU plaide pour un prolongement tacite de ce mandat. En attendant, ce sont plutôt les tiraillements au sein du CORCAS sur la nature de l’autonomie et son champ d’application interne qui attirent l’attention. Doit-elle ne concerner que l’ex Sahara espagnol, doit –elle s’étendre aux zones Sahraouies non contestées : Goulimine, Tan Tan, Tarfaya, Sidi Ifni, Assa Zag et même au delà ?
Peter Van Walsum
Alors que le Secrétaire Général de l’ONU s’appète à faire ses adieux à l’organisation dont il a pris la charge tout au long des dix dernières années, le Sommet des non alignés tenu la semaine dernière à la Havane, chez le pays le plus impliqué au monde, avec l’Algérie, dans le conflit artificiel qui perdure dans nos provinces sahariennes, n’a fait que constater les faits au Sahara Occidental.
Sommet des non- alignés : le Maroc marque des points
Au cœur de la capitale cubaine où sont déportés et séquestrés annuellement des centaines de jeunes sahraouis, la présence personnelle du Président Bouteflika, de Hugo Chavez du Venezuela et Thabo Mbeki d’Afrique du Sud aux côtés de leur tuteur et leader Maximo Fidèl Castro, n’a pas empêché le ministre marocain des Affaires étrangères Mohamed Benaissa, de marquer quelques points en ralliant le maximum de pays à la formule, désormais consacrée, des négociations directes, pour débloquer le conflit, en particulier entre le Maroc et l’Algérie.
Quelques jours plutôt, et alors que le nouveau représentant de Koffi Annan, au Sahara, le Néerlandais Van Walsum était déclaré personna non - grata par l’Algérie et le Polisario, en raison de ses prises de positions jugées trop pro-marocaines, sa deuxième tournée dans la région, limitée cette fois au Maroc, à la Mauritanie et l’Espagne, lui aura permis, lors de l’escale marocaine, de prendre note de la détermination des hautes autorités, du gouvernement, des partis politiques et du CORCAS censé refléter le point de vue de toutes les composantes de la société sahraouie de faire aboutir le projet d’autonomie. Une proposition que la classe politique marocaine considère comme la toute dernière "offre" que le Maroc peut encore se permettre de faire à l’Algérie et son Polisario pour résoudre la crise et jeter les bases du Grand Maghreb.
Walsum : intéressante mais pas suffisante
Bien évidemment, le représentant de Koffi Annan ne pouvait que marquer sa neutralité face à la proposition marocaine jugée "intéressante" et bien évidemment "pas suffisante" pour résoudre un conflit de cette longueur et de cette envergure.
Mais d’ici fin octobre, date de la fin du mandat de la Minurso, il va falloir que le Maroc s’attelle à présenter un projet crédible et susceptible de sensibiliser à sa cause le maximum de pays membres du Conseil de Sécurité et en particulier ses cinq membres permanents, sans compter l’ancienne puissance coloniale, en l’occurrence l’Espagne.
Pour la plupart des observateurs tant à NewYork que dans les capitales concernées, la fin du mandat de Koffi Annan pèsera lourd dans les délibérations de la prochaine réunion du Conseil de Sécurité consacrées au Sahara. On semble s’orienter, presque tacitement vers un nouveau prolongement de six mois (soit jusqu’à fin avril 2007) du mandat de la Minurso en attendant l’arrivée du nouveau secrétaire Général, un asiatique qui sera alors le cinquième S.G de l’ONU à plancher sur ce dossier depuis l’éclatement en 1975 du conflit du Sahara, après le Norvégien Kurt Waldheim, (Europe) le Péruvien Perez De Cuellar, (Amérique) l’Egyptien Boutros Boutros Ghali (Monde Arabe) et la Ghanéen Koffi Annan (Afrique)
Quel champ d’application de l’autonomie ?
N’empêche que conformément à la promesse donnée par le Maroc, il importe de faire avancer un projet applicable à travers la compilation des différentes propositions déjà émises aussi bien par les partis politiques, organisations syndicales et surtout par les 141 membres du CORCAS. On sait qu’a ce niveau, les différentes propositions des membres du COCAS font actuellement l’objet d’une compilation similaire devant être présentée prochainement au Souverain et qu’une nouvelle session de cette instance est prévue dans les jours qui viennent.
Tiraillements entre ex-Sahara espagnol et ex-Sahara français
Mais, ce qui attire tout particulièrement l’attention, ce sont plutôt les tiraillements qui secouent depuis quelque temps le Conseil Royal Consultatif pour les Affaires du Sahara. Tiraillements qui s’expliquent en particulier par les différends qui semblent s’aiguiser depuis la création de cette instance entre ceux qui prônent l’application de l’autonomie interne au seul "Sahara Espagnol" récupéré au lendemain de la Marche Verte du 6 novembre 1975 et ceux qui s’efforcent d’y intégrer toutes les zones sahariennes partagent la même culture, les mêmes liens familiaux et tribaux et le même mode de vie. Parmi les tenants de cette thèse, figure en particulier un Salem Latafi, ancien militant progressiste et membre du bureau Politique du PPS, originaire de Goulimine qui siège également au sein du CORCAS, et Mustapha Nouaimi professeur universitaire et cadre de l’Institut scientifique, lesquels mènent déjà campagne pour que le Sahara jadis sous occupation espagnole, en particulier les provinces de Guelmim, Sidi Ifni et Assa Zag, dont sont originaires de nombreux responsables du Polisario fassent aussi l’objet de l’expérience de l’autonomie interne. D’autres militent pour la pousser encore plus loin, jusqu’à la province de Ouarzazate, la frontière naturelle de l’Oued Noune dont se proclament notamment les tribus des R’guibat et même au-delà affirment certains membres du CORCAS dont notamment l’ancien détenu du Polisario Mohamed Bahi "Jusqu’à la province de Rachidia, berceau de la famille Alaouite et pour englober toutes les provinces sahariennes situées au sud et à l’est de l’Atlas". Plusieurs membres du CORCAS catalogués par les anciens cadres du Polisario ralliés au Maroc se montrent de plus en plus sensibles à cette approche. C’est pour eux le moyen de damer le pion aux adversaires du Maroc.
Des tiraillements que le CORCAS se doit de trancher dès sa prochaine session avant de soumettre ses conclusions aux instances élues et au Souverain.