L’enseignement supérieur délocalisé dope vraisemblablement les neurones locaux. Obtenir un MBA ou un HEC at home est une excellente chose. Hélas, les bonnes résolutions finissent par fléchir au moment où les pouvoirs publics ont décidé d’y mettre brusquement un terme définitif. Non sans édicter des mesures transitoires permettant aux étudiants déjà inscrits d’achever leur cursus. Seulement, au moment de la régularisation administrative, certains passent et d’autres restent sur le carreau.
Décidément,
Encore faudrait-il, comme le disait Jean de La Fontaine, que “les petits pâtissent toujours des sottises des grands” ? Le processus de décision administrative est suffisamment grave pour qu’il soit traité selon l’humeur, dans la précipitation, selon les “directives” ou “interférences” ou à la tête du client ?
Une intelligentsia victime de préjudice
Citons le cas des lauréats membres de l’Association des lauréats et étudiants de l’université du Québec qui s’insurgent contre cet état de fait préjudiciable : “nous comprenons très bien que le gouvernement marocain décide, en application de sa stratégie dans le domaine de l’enseignement, de mettre fin à la délocalisation. Mais nous ne comprenons pas qu’une telle décision ait un effet rétroactif et porte préjudice à des personnes qui ont préparé ces diplômes alors qu’ils y étaient autorisés par l’Etat”. Exposé des faits. Le Département de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique a promulgué, en date du 7 août 2001, une circulaire portant cessation de la délocalisation des diplômes étrangers en accordant un “sursis” aux étudiants déjà inscrits de poursuivre leur cursus jusqu’au 31 décembre 2003.
En outre, conformément à l’Arrêté ministériel du 15 avril 1997, la Fonction publique procédait systématiquement au reclassement administratif des titulaires “sans objection aucune”.
Néanmoins, le CED du ministère des Finances a bloqué, entre temps, les visas des arrêtés de reclassement tandis que le ministère des Affaires administratives continuait à accepter les dossiers des titulaires et à signer les documents de régularisation et d’intégration du grade administratif correspondant. Mais ce n’est que la partie cachée de l’iceberg car, en réalité, selon des sources insistantes, le CED a procédé à la régularisation “discrète” de certains “délocalisés privilégié” au détriment d’autres postulants.
Des cas pareils ont été entérinés, selon l’Association, en date du 11 décembre 2002 et du 20 mars 2003. Les réactions de dépit n’ont pas tardé à se manifester dans les rangs des victimes expiatoires : “ceci démontre qu’aux yeux du ministère de la Modernisation des secteurs publics et du CED, tous les citoyens ne sont pas égaux devant la loi et qu’il existe des personnes plus citoyennes que d’autres”.
Le laxisme à l’heure des réformes est un anachronisme. Entre-temps, la fine fleur de notre intelligentsia nationale se retrouve boudée et snobée par ceux qui font et défont les lois, pis encore, par ceux qui ne respectent même pas leurs propres engagements en “décrétant” la chose et son contraire.
Et persistent à sévir impunément dans les “coulisses” de l’administration de la Fonction publique. Ceux qui font fi, d’un revers de la main, des “énormes sacrifices et des investissements colossaux en temps, en énergie et en moyens financiers pour acquérir un savoir-faire dont l’Administration a grand besoin aujourd’hui”.
La moindre des politesses, répliquent les victimes, consiste à rétablir les plaignants dans leurs droits et de “lever le plus tôt possible le préjudice qui leur est infligé depuis bientôt déjà ans”.
En attendant de faire tout l’éclairage sur la question, il serait beaucoup plus logique et compréhensible que le gouvernement opte pour la régularisation des dossiers de titulaires de diplômes délocalisés inscrits avant la date butoir fixée par ladite circulaire.
Benhamed Mohammadi