N°340 - 03 Novembre 2003
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N°340 - 03 Novembre 2003
 



 

 




Driss Chebli, un Marocain au cœur du 11 septembre

Par Abdelhak Najib et Karim Serraj
03 Novembre 2003

Les Marocains d’Al Qaïda

C’est une autre grande figure du terrorisme international qui fait son apparition au cœur des attentats du 11 septembre 2001. Il s’agit du Marocain Driss Chebli, qui a été l’un des artificiers de ces attaques, au même titre que son ami l’Algérien Mohamed Belfatmi et Mohamed Atta, le chef des kamikazes qui ont percuté les tours jumelles à New York avec lesquels il a toujours été en relation directe, surtout pendant la phase finale du choix des cibles. Son parcours reste très riche en rencontres où le Marocain a déployé une énergie sans mesure pour mener à bien les desseins de la cellule d’Al Qaïda.

Mohamed Atta, le chef des kamikazes du 11 septembre 2001, était un ami intime du Marocain Driss Chebli avec qui il s’était réuni à Tarragone, à quelques semaines des attentats.
Ramzi Ibn Alshibah, le complice de Atta qui a fui au Pakistan où il a été arrêté, était aussi un grand ami de Chebli qui l’avait aidé en Espagne.

L’acte d’introduction qui présente les cinq Marocains impliqués dans les attentats perpétrés le 11 septembre 2001, les donne également comme des membres des réseaux qui ont commis l’abominable attentat du 16 mai à Casablanca: “disciples de Imad Eddine Barakat Yarkas impliqués dans les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 : Salaheddine Benyaïch, Mustafa Maymouni, Abdelatif Mourafik, Abdelaziz Benyaïch et Driss Chebli (…) Toutes ces personnes étaient intégrées depuis plusieurs années dans la cellule de Imad Eddine Barakat Yarkas, alias Abou Dahdah” (p. 108 du rapport sur Al Qaïda par le juge Baltasar Garzon).
Parmi ces hommes qui ont trempé dans les affaires du jihad tout en étant intégrés dans la cellule espagnole, ressort le nom de Driss Chebli, un parfait inconnu de la police marocaine, arrêté actuellement en Espagne et figurant à bonne enseigne dans l’acte d’accusation au même titre que les ténors du terrorisme mondial. Né à Touzine, dans l’arrière-pays marocain, ce mystérieux personnage, qui possédait une résidence en Espagne, est considéré dans le procès-verbal d’Al Qaïda et du 11 septembre 2001 comme un membre relevant de la structure active de l’internationale islamiste qui était en relation directe avec le commando qui a mené à bien les opérations sur New York et Washington. Des noms, et pas des moindres, gravitent autour de la personne de Driss Chebli et notamment celui de Mohamed Atta et surtout de Mohamed Belfatmi, l’Algérien, qui avait fait partie de la logistique d’action du 11 septembre. Le rapport est sans ambiguïté sur les liens qui unissaient Driss Chebli à la cellule espagnole d’Al Qaïda : “il est connecté directement avec le leader de la cellule d’Al Qaïda en Espagne, à savoir Imad Eddine Barakat Yarkas, alias Abou Dahdah” (p.327). D’autres individus, comme Najib Chaib Mohamed et Saïd Chedadi, que nos colonnes ont présentés longuement la semaine dernière, ou encore Amer Azizi, autre ponte de l’organisation islamiste terroriste, l’un des bras droits d’Abou Dahdah, responsable des recrutements des Marocains à Madrid, sont des contacts réguliers de Driss Chebli avec lesquels il a travaillé durant de longues années à préparer les attentats. Il apparaît également durant l’enquête que Driss Chebli figurait sur l’agenda trouvé dans le domicile de Azizi lors de la perquisition faite par la police. Selon toute vraisemblance, les contacts entre les deux hommes ont été très fréquents, ce qui explique le haut degré d’implication de Chebli dans les préparations de dernière heure qui demandaient une mobilisation générale.
Autre fait troublant, c’est ce même Driss Chebli qui héritera de la voiture de Azizi, dont l’immatriculation sera trafiquée pour la circonstance, après qu’Azizi ait décidé de prendre la fuite quand il a appris que la police était à ses trousses. Il était aussi très lié aux autres Marocains détenus dans l’affaire Al Qaïda de Salaheddine Benyaïch à son frère Abdelaziz, en passant par Lahcen Ikassieren et d’autres inconnus dont on ne connaît que les pseudonymes pour le moment.
Le 11 septembre, Tarragone et Mohamed Atta
Le Marocain avait l’habitude de passer de multiples coups de fil à son chef espagnol. Le gros de leurs affaires se traitait souvent par combiné interposé et dans un langage souvent codé ou mystérieux comme il est de rigueur dans les structures clandestines. Dans une conversation téléphonique datée du 5 septembre 2001, avec Abou Dahdah, Driss Chebli a demandé des nouvelles d’un certain Mohamed, en précisant dans cette conversation que ce dernier était “l’Algérien” qui vivait à Tarragone. Driss Chebli était sur le point de citer au téléphone, surveillé alors par la police, le nom d’un pays où devait se diriger ce Mohamed en question, mais il s’avère qu’Abou Dahdah, vraisemblablement inquiet, a raccroché carrément au nez de son ami, évitant ainsi que la police n’entende la fin de cette conversation apparemment très importante à quelques jours des attentats du 11 septembre 2001.
Le Mohamed en question n’était autre que le fameux Belfatmi qui avait fait partie du commando auteur des attaques contre les tours jumelles à New York. Un mois après que Belfatmi ait obtenu le certificat de résidence auprès du commissariat de Tarragone en juin 2001, Mohamed Atta et Ramzi Ben Al Shinh sont arrivés pour les grandes réunions de l’été auxquelles lui et Chebli avaient pris part à quelques semaines de la date fatidique. Le Marocain apparaît alors comme la connexion directe entre Abou Dahdah et Mohamed Belfatmi, résidant alors à Tarragone. C’est lui qui s’occupait de toutes les commissions secrètes qui visaient à déjouer la vigilance de la police espagnole qui était sur les traces des terroristes.
C’est d’ailleurs pour cette raison que pendant l’été 2001, peu avant la conversation avec le chef de la cellule espagnole, les réunions entre Mohamed Atta, Ramzi Ben Al Shibh et les autres se sont tenues dans la ville où vivait Mohamed Belfatmi. Tarragone qui devient alors le lieu où les derniers réglages des opérations prévues pour les USA ont été échafaudés. C’est là aussi que la date du 11 septembre a été fixée par ce qu’il convient d’appeler maintenant la base arrière d’Al Qaïda. Outre toutes ces décisions prises à Tarragone, le plus important restait le choix des cibles qui devaient être frappées. C’est à ce moment précis que Driss Chebli prend part aux grandes négociations et aux rounds décisifs du fait de son expérience et de la place dont il jouissait au sein du réseau européen.
Mohamed Atta à Tarragone
L’été espagnol s’annonce chaud. Des réunions au sommet sont prévues dans la ville de Tarragone où de gros calibres du jihad se sont donnés rendez-vous, et parmi eux, Driss Chebli et Mohamed Belfatmi. C’est le 9 juillet 2001 que les choses sérieuses prennent corps. Mohamed Atta, né en 1968 en Egypte, arrive à l’aéroport de Reus à Tarragone à 13 heures 30 exactement. Driss Chebli l’attend. Il est déjà mis au parfum par Abou Dahdah qui attendait cette arrivée pour boucler un projet qui devenait de plus en plus imminent. Les agissements de Mohamed Atta ont été pistés heure après heure et l’on sait aujourd’hui, grâce aux recoupements des enquêtes, ce qu’ont fait Ramzi Ibn Alshibah et Mohamed Atta durant la tenue des réunions de Tarragone. A son arrivée, Atta appelle une agence pour louer une voiture. Il s’agit de l’agence Sixt Espana qui a son local à proximité de l’aéroport et qui lui a fourni une voiture Hyundai, immatriculée 5315 BHF. Après avoir signé le contrat qui s’étalait jusqu’au 16 juillet 2001, Mohamed Atta a demandé aux employés de l’agence la route à suivre pour rejoindre Barcelone.
Ce même jour, à 19 heures 15, Ramzi Ibn Alshibah est arrivé lui aussi à l’aéroport de Reus en provenance de Hambourg. Il quittera l’Espagne le 16 juillet à destination de l’Allemagne. Lors de cette location de voiture, Mohamed Atta a utilisé son passeport égyptien numéro 16 17 066 et son permis de conduire A-300540683 21-O, obtenu en Floride le 2 mai 2001. L’Egyptien laisse une adresse aux USA : 10001 W Atlantic Blud, Coral Springs FL-33071. C’était là qu’il avait élu domicile durant toute la période de préparation qui a précédé les réunions décisives de l’été 2001. Il laisse alors un dépôt de garantie de 362 655 pesetas retirées avec une carte Visa 40011 8008 4050 7778 dans la Suntrust Bank sous le compte 00840573000259772.
Le 13 juillet 2001, Mohamed Atta achète son billet de retour à destination des USA à l’agence Vibus, sise au 125 Rambla Nova, à Tarragone. Driss faisait partie des “frères” qui le savaient. Atta devait prendre le vol DL 109 de la Delta Airlines, Madrid/Atlanta avec un vol à midi, heure espagnole le 19 juillet 2001. Il a aussi acheté un billet d’avion, vol DL 454 de la même compagnie qui allait d’Atlanta vers Fort Lauderdale. Durant cette époque qui va du 13 au 15 juillet, il a séjourné à l’hôtel San Jordi de Tarragone, sis Via Augusta. C’est là qu’il a été enregistré sous le faux nom de Mohamed Mohamed Al Amir, né le 1er septembre 1968 en Egypte, domicilié à Kafr El Cheikh et titulaire du passeport égyptien numéro 144 78 41. C’était une chambre double, la 206. La facture du séjour a été réglée en liquide et cela lui a coûté 30.642 pesetas.
La nuit du 16 au 17, Mohamed Atta a décidé de changer d’hôtel. Il dort alors à l’hôtel Casablanca Playa, situé dans la localité de Salou(Tarragone) dans le Paseo Del Mar, numéro 12. Il y a occupé la chambre 512 et a payé encore en liquide la facture de 9.363 pesetas. Il a été enregistré, cette fois-ci sous le nom de Mohamed Atta, de nationalité américaine, né le 9 janvier 1968. Les employés des deux hôtels diront que la présence du kamikaze se faisait très discrète et qu’il quittait chaque jour l’hôtel aux premières heures du jour. Driss Chebli ainsi que tous les autres complices ne sont jamais venus le voir à l’hôtel pour ne pas éveiller les soupçons ni laisser de traces. Les rencontres avaient surtout lieu dans des voitures ou dans des lieux secrets que Driss devait localiser au préalable.
Durant ce séjour, les deux terroristes Ramzi et Atta se sont réunis à Tarragone pour discuter des dernières mises au point avant les attentats de New York. C’est là que le Marocain, Driss Chebli et l’Algérien, Mohamed Belfatmi, font leur entrée dans le sérail des décideurs. Leur rôle sera capital dans le sens où ils avaient recueilli le maximum de données facilitant le travail des deux kamikazes. C’est là que le Marocain a dû apporter toute son aide et accomplir la mission dont il était investi en haut lieu.
Driss, le complice
D’un autre côté, l’Algérien avait beaucoup à faire. Il était l’alter ego du Marocain avec qui il faisait un bon duo. Mohamed Belfatmi, né à Tiaret en Algérie, appelle au téléphone le 26 mai 2001 Imad Eddine Barakat Yarkas. Il lui a parlé de manière cryptée lui annonçant qu’“il allait arriver”. C’est là l’information clé qui fait voir à quel degré les semaines avant les attaques ont été cruciales et relevaient du travail effectué par le duo marocco-algérien.
C’est à ce moment qu’il lui donne des renseignements suffisants pour qu’Abou Dahdah puisse l’identifier, évoquant sans cesse ce personnage comme “un frère de religion”. C’est à partir de cette conversation que les liens entre Belfatmi, Chebli , Amer Azizi et Yusuf Galan se précisent, mais le plus important reste ses expressions qui se référent aux graves évènements qui allaient avoir lieu trois mois et demi plus tard comme : “les frères sont pressés” et que “Abou Dahdah devait très vite maintenant obtenir les choses qui lui avaient été demandées”. Mais le fait le plus marquant du séjour de l’Algérien en Espagne, c’est sa hâte de quitter ce pays.
Il partira le 3 septembre 2001 à destination du Pakistan, juste 8 jours avant les attentats de New York. La dernière personne qu’il ait vue avant son voyage est le Marocain, son acolyte, Driss Chebli qui a servi durant toute cette période de relais et de coordinateur pour les rencontres. Le nom de Chebli apparaît clairement dans l’acte d’accusation de la justice espagnole (pages 330/331) avec ceux du groupe suivant : “Imad Eddine Barakat Yarkas, un certain Sakkur dont l’identité reste inconnue jusqu’à présent, Abou Abderrahmane, lui aussi inconnu, Amer Azizi, Mohamed Belfatmi, Ramzi Ben Al Shibh, Saïd Bahaji, Mohamed Zaher et Jasem Mahboule”. Ce groupe qui ressort des trente-cinq accusés du juge Garzon, a directement participé à la préparation finale durant les deux mois qui ont précédé les attaques de New York et de Washington.
C’est encore un Marocain qui ressort du lot pour l’un des actes terroristes les plus sanglants du siècle. Dans les rapports de la justice espagnole, son nom figure au même titre que celui d’Oussama Ben Laden et ses bras droits. C’est dire toute l’importance de l’activité d’un tel personnage. Aujourd’hui, on attend les conclusions de la police espagnole qui doit trancher dans le cadre des attentats de New York avant que le Maroc n’apprécie le rôle joué par Driss Chebli dans les attaques de Casablanca.

Le Marocain apparaît alors comme la connexion directe entre Abou Dahdah et Mohamed Belfatmi, résidant à Tarragone. C’est d’ailleurs pour cette raison que pendant l’été 2001, peu avant la conversation avec le chef de la cellule espagnole, les réunions entre Mohamed Atta, Ramzi Ben Al Shibh et les autres se sont tenues dans la ville où vivait Mohamed Belfatmi.

Le nom de Chebli apparaît clairement dans l’acte d’accusation de la justice espagnole (pages 330/331) avec ceux du groupe suivant : “Imad Eddine Barakat Yarkas, un certain Sakkur dont l’identité reste inconnue jusqu’à présent, Abou Abderrahmane, lui aussi inconnu, Amer Azizi, Mohamed Belfatmi, Ramzi Ibn Al Shibh, Saïd Bahaji, Mohamed Zaher et Jasem Mahboule”.


 

 

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