Paru aux éditions Stouky, l'essai de Abdelkrim Chati, « Interpellations », se veut un cri du cœur et un appel aux impératifs de civisme et de responsabilité pour faire face aux graves problèmes de société, et promouvoir « une politique audacieuse et urgente ». Au terme d'une longue carrière dans l'enseignement, commencée dès les années 1950, l'auteur qui vit à Marrakech, a consacré plusieurs travaux aux questions de pédagogie et de politique de l'éducation. Ce premier essai de littérature générale porte l'empreinte de ce parcours et du souci pédagogique d'expliquer et de convaincre.
Evoquant deux maux qui lui paraissent essentiels, le chômage et le laxisme moral, il considère que les causes économiques ne sont pas seules en cause. «La propension à refuser la discipline et la rigueur du travail utile, créateur et ennoblissant» est décriée comme étant pernicieuse et préjudiciable à tout effort. Il relève cependant que le chômage des diplômés est particulièrement frustrant et nourrit un sentiment «d'injustice, profondément blessant». Aussi, appelle-t-il à constituer des fonds régionaux pour financer des PME au profit des cadres, bien plus générateurs d'emplois que les grands projets capitalistiques. Il est urgent de se mobiliser, souligne l'auteur, pour surmonter « le malaise de la jeunesse » et lui ouvrir des horizons.
Le laxisme, autre mal dénoncé, se manifeste dans la corruption multiforme, portée par l'exacerbation de l'esprit de lucre et d'enrichissement sans frein. Le mal a aussi atteint les partis politiques qui sont devenus des vecteurs de clientélisme et de népotisme. « Le laxisme moral » a fait aussi des ravages dans l'école. Pour A. Chati, l'approche technique des problèmes est insuffisante. Il est indispensable de reconstruire l'identité de la jeunesse et de l'enraciner dans sa culture et son histoire si l'on veut susciter son adhésion à l'effort d'édification entrepris sous le nouveau règne.
Ces « interpellations », à l'accent sincère, ne sont pas de trop pour rappeler que sans civisme et sans volonté nulle société ne peut réellement progresser.