N°379 - 02 Août 2004
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DIGEST
Un vibrant hommage royal
Regain de confiance
« Flexisécurité et obligations mutuelles »
Constat ambigu
Arafat reprend l’initiative
La bousculade commence
FÊTE DU TRÔNE
Le discours de la méthode
La cavalerie de la Garde royale et de la Garde rouge sénégalaise en parade à Rabat
Plus qu’un bond qualitatif
Un premier pas vers un nouveau départ
Violences en Corse
Oust les Marocains !
La Corse, un pays en crise identitaire
TERRORISME
Qui pourrait frapper l’Italie ?
Justice
Coupable ou simple lampiste ?
INTERVIEW
Carlos Larrieu : “Les USA font du marketing comme s’ils vendaient une marque de soda”
Emigration
Mariage, le pack promotionnel: comment tomber amoureux et se marier en 30 jours…
Actualité
Clôture des travaux sur fond de suspicion : l’affaire Rafa Zouheir au-devant de la scène
Les 12 travaux de Lahlimi
Les notes de la Gazette
Acte I de la réhabilitation de la capitale 10/10
Sauvetage sur les plages 10/10
Délivrance 10/10
Service “miné” 0/10
Le betisier de la semaine
L’avocat, le pessimisme de la volonté
Articles du numéro précédent



N°379 - 02 Août 2004
 



 

 




Plus qu’un bond qualitatif

Samir Sobh
02 2004

Discours royal

Au moment où des analystes, spécialistes du Maghreb considèrent que le discours du trône de Sa Majesté le Roi Mohammed VI était complet et avait traité de tous les problèmes politiques, économiques et sociaux de manière claire, objective et selon une vision d’avenir, d’autres ont estimé que ce discours a épinglé la classe politique dont le rendement s’est rétréci ces dernières années. Et si le Souverain a affiché des dispositions exceptionnelles autour du dossier du Sahara, il n’en demeure pas moins qu’il a été ferme à propos des constantes de la nation quant à la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale.

“C’est un véritable coup
de maître”. C’est par cette expression qu’un haut responsable au ministère français des affaires étrangères, qui a préféré garder l’anonymat, a commenté la décision du Maroc de supprimer le visa pour les ressortissants algériens. Il a estimé que ce pas préventif ne tardera pas à produire des effets très positifs, en dépit du durcissement affiché ces derniers temps par les cercles du pouvoir algérien. En effet, selon ce responsable, cette décision embarrassera ces cercles et les poussera à s’ouvrir en adoptant des mesures de réciprocité. Cependant, la souplesse bien étudiée, exprimée par le discours du Roi du Maroc à propos de la question du Sahara n’a pas été accueillie favorablement par ces cercles qui sont empêtrés dans leurs contradictions internes et qui se sont exacerbées après la “démission volontaire” du général Lamari. D’ailleurs, les prochaines semaines nous édifieront sur l’évolution interne en Algérie. Pour sa part, Hassouna Chaouch, porte-parole du ministère libyen des affaires étrangères a exprimé sa satisfaction quant à cette initiative royale qualifiée de sage et qui sera suivie certainement d’autres décisions similaires de la part des “frères algériens”. dans ce cadre, Hassouna Chaouch a déclaré à La Gazette du Maroc que la Jamahiriya libyenne ne peut que se réjouir de cet événement qui lui facilitera la tâche en tant que président tournant de l’UMA. En effet, cette décision intervient quelques jours après la visite effectuée par le ministre libyen des affaires étrangères Abderrahmane Chalkam dans des capitales maghrébines où il a annoncé la tenue d’un prochain sommet de l’UMA. Mais, en Algérie, pays vers lequel tous les regards se sont tournés, l’initiative marocaine a été accueillie par les décideurs, comme d’habitude, avec froideur et n’ont exprimé aucune réaction officielle. Cependant, certains cercles ont poussé des médias à analyser et à commenter l’événement selon une vision qui exprime le doute quant à la bonne foi marocaine et que, selon un haut responsable militaire, l’initiateur d’une telle décision, qui n’est autre que le Roi Mohammed VI, a pris de court la direction algérienne en la mettant devant le fait accompli. Ainsi, les différentes réactions des médias algériens ont reflété cette atmosphère d’embarras surtout après que le ministre des affaires étrangères Mohamed Benaïssa ait convoqué l’ambassadeur algérien à Rabat Boualem Bessaih pour l’informer de la décision. Alors que d’autres médias ont considéré cette décision comme une main tendue du Roi Mohammed VI, certains journaux ont estimé que cette initiative a des soubassements purement économiques et que le Maroc serait le bénéficiaire de cette opération puisque la suppression du visa incitera les touristes algériens à visiter le Maroc lui permettant de recevoir une manne supplémentaire en devises fortes. Toutefois, il est devenu évident qu’au delà de ces réactions, les responsables algériens ne peuvent plus tarder à répondre, d’une manière ou d’une autre, à cette initiative.
Retour sur le projet
de société

Si certains observateurs focalisent sur les orientations politiques, ceux qui lisent entre les lignes, indiquent que le discours royal a fait la part belle au projet de société dont il a tracé les grandes lignes depuis son intronisation. Ainsi, quand il parle de projet de société démocratique et moderniste, le Roi du Maroc vise à couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui versent dans la surenchère tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, surtout ceux qui commencent à véhiculer à travers les médias français, à la veille de la fête du trône, que le Roi des pauvres a renié ses engagements quant à la suppression des disparités sociales. Mais, ceux-là feignent ignorer que les libertés accordées aux partenaires politiques et aux forces vives de la nation chargées d’exécuter les grandes orientations sur le terrain, signifient que le monarque ne veut pas imposer sa vision d’en haut. En effet, le projet de société démocratique et moderniste fait, désormais, partie du lexique du pouvoir. Ainsi, chaque projet est appelé à drainer des investissements extérieurs directs pour créer des emplois et se trouve dans le centre d’intérêt des décideurs de Bruxelles. Parmi ceux-ci, un haut responsable indique que pour la première fois, à Bruxelles, on constatait que le Maroc donnait la priorité à l’économique et au problème de l’emploi des jeunes. De même qu’il y a une réelle volonté d’atténuer l’impact de la bureaucratie administrative et de lutter contre la corruption. Aussi, dans l’un des paragraphes du discours royal, la nécessité de réformer l’administration publique a-t-elle été mise en exergue. Celle-ci et malgré les progrès enregistrés demeure en deçà des aspirations des citoyens. Mais les critiques exprimées à ce sujet ont réjoui beaucoup de milieux qui considèrent que quand le Roi du Maroc parle franchement de défaillances économiques à cause de l’absence d’un climat social adéquat, c’est en fait un appel à un nouveau contrat social plus conforme aux réalités du moment et qui doit être l’aboutissement d’un large consensus entre le gouvernement et les partenaires sociaux. En effet, les observateurs relèvent que le discours royal n’a négligé aucun aspect lié à la problématique sociale y compris l’émigration clandestine, la réforme et l’assainissement du champ religieux par l’attachement au rite malékite et par l’instauration de l’Ijtihad. Ce paragraphe a en effet attiré l’attention du Cheikh Mohammed Hussein Fadlallah ( référence chiïte) qui s’est réjoui de l’idée selon laquelle, la réforme du champ religieux ne doit pas s’effectuer uniquement en complémentarité avec les questions éducatives, autant qu’elle doit s’imbriquer avec les questions politiques, notamment avec la démocratie et avec les divergences idéologiques. D’autre part, le penseur arabe Raghid Solh, professeur à Oxford, estime que le discours du Roi Mohammed VI qui a traité du projet de société démocratique et moderniste, constitue une vision d’avenir et de jeunesse et parie sur cette catégorie du peuple marocain qui forme plus de 50% de la population active.
Ainsi, ce projet est la réponse idoine à tous les problèmes qui provoquent les tensions. Et en effet, quand on met le doigt sur les vrais problèmes et quand on trace les objectifs et quand on met les outils d’application, ceci veut dire que le Maroc est sur la bonne voie en dépit des difficultés et des surenchères de ceux qui veulent brûler les étapes.
Axes et constantes
La franchise du propos dans le discours royal a été relevée par plusieurs observateurs. En effet, Sa Majesté Mohammed VI a défini les efforts que le Maroc devra déployer dans les cinq ans à venir dans sept axes majeurs. Le premier consiste à trouver une solution définitive au problème du Sahara sans pour autant faire de concessions quant aux droits légitimes. Le second consiste à œuvrer à consolider les acquis démocratiques et à presser le pas quant à la poursuite du processus démocratique. Le troisième a trait à incarner les aspirations du peuple marocain par rapport à la dignité citoyenne et engagée, surtout en parachevant le processus des réformes engagées par la charte nationale pour l’éducation et la formation et la réhabilitation des champs religieux et culturels. Le quatrième consiste à la mise en place d’un nouveau contrat social. Le cinquième tend à développer le monde rural et le secteur de l’agriculture tout spécialement. Le sixième tend à édifier un système économique moderne et performant. Le septième vise à faire du Maroc un pole régional actif dans un environnement international en perpétuelle mutation.
Cette nouvelle vision royale a évité de donner des promesses, mais tout en mettant tout le monde devant ses responsabilités.
Le jeune Roi a, à travers son manifeste politique, économique et social, barré la route devant “les philosophes de l’absurde” qui n’hésitent pas à critiquer toute réalisation et qui minimisent la portée de toute initiative courageuse, voire qui ne voient dans l’attachement à la souveraineté et au droit qu’un durcissement exagéré ou qui ne voient dans la signature d’un accord qu’une concession sur la souveraineté.
Il est utile de rappeler, cependant, que les trois dernières années ont été exceptionnelles et que la Maroc n’a pas été épargné par les effets du 11 septembre. Malgré cela, le Maroc a réussi non seulement à sauvegarder sa stabilité politique et économique, mais il a persisté dans son engagement de modernisation de ses infrastructures de base, lequel engagement a été apprécié par plusieurs associations internationales qui estiment que le Maroc jouit d’une vie démocratique et de liberté telle qu’elle permet à certains opposants de critiquer ouvertement le système et que certains vont même au delà des simples
critiques.


 

 

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