N°531 - 30 Juin 2007
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N°531 - 30 Juin 2007
 



 

 




Été des "deals" et des guerres

Samir Sobh
02 Juillet 2007

Les scénarii d’un été très chaud en vue dans la région la plus explosive du monde se bousculent, entraînant avec eux tout genre de guerres, directes et par intermédiaires. Dans cette foulée, les grands, les moyens et les petits joueurs, tentent de conclure des marchés de dernière minute, pour éviter la généralisation des catastrophes.

Le président Bush soutiendra-t-il son allié d’hier, Tony Blair, dans sa nouvelle mission au Proche-orient ?

C’est en Egypte qu’on peut comprendre le plus ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-orient. Et, c’est plus précisément, le secrétaire général de La Ligue Arabe, Amr Moussa, qui est parmi les mieux placés, en ce moment, pour faire ce diagnostic. A la veille de son départ pour Paris, où il rencontrera les responsables de ce pays qui tente de retrouver son rôle perdu dans la région, ce dernier, a indiqué à La Gazette du Maroc, que la seule issue qui existe, réside dans le soutien international de l’initiative de paix adoptée à l’unanimité par les pays arabes. C’est pour cette raison, que l’Union européenne est appelée maintenant, plus que jamais, à réellement participer au succès des missions accordées à l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, nouveau représentant du Quartet auquel a été confié le processus de paix. Il ne s’agit pas seulement, selon Amr Moussa, d’apporter le soutien international à la Palestine, mais aussi, d’exercer les pressions nécessaires sur Israël à travers les instruments que possèdent les Européens, qui sont nombreux et efficaces.
Dans ce contexte, le joueur américain demeure certainement en première place lorsqu’il s’agit du conflit israélo-palestinien. Cela implique à George Bush de renvoyer l’ascenseur à son allié et ami, Tony Blair qui, à plusieurs reprises, s’était engagé à trouver une solution équitable au problème palestinien. Car, d’après lui, c’est la seule manière de permettre à la modération dans le monde arabe, de remporter la bataille contre l’extrémisme. Washington devra dorénavant savoir quand et comment prendre ses distances vis-à-vis de l’Etat hébreu, lorsque leurs intérêts divergent. Cela dit, elle doit réfléchir sérieusement au Plan «B» concernant le rôle américain en Irak et dans toute la région du Moyen-orient.
Si cette dernière entend, de plus en plus, les bruits de bottes des militaires, les Etats-Unis vivent, à l’heure actuelle, les effets des tiraillements émanant des différents dialogues échangés sur son territoire. D’une part, la sécurité de l’Irak pousse l’administration Bush à appeler à un dialogue avec l’Iran et la Syrie. Parce que la majorité des Américains, considère que le retrait de ce bourbier ne peut se faire sans un dialogue sérieux avec ces deux pays. A cet égard, le rapport Baker-Hamilton l’avait déjà bien expliqué et prouvé par des faits et analyses géostratégiques.
En dépit du refus du président américain d’accepter les conseils des sages, et continuer à parler des succès réalisés aussi bien dans le domaine de l’instauration de la démocratie et la lutte contre le terrorisme international. L’obsession est aujourd’hui de sortir de l’Irak le plus tôt possible, malgré les déclarations contraires du secrétaire d’Etat américain à la Défense qui fait, ces derniers temps, la navette entre le Pentagone et la Zone verte à Bagdad. Quoiqu’il en soit, il y a une conviction chez l’establishment américain, Républicains et Démocrates confondus, que le dialogue avec Téhéran et Damas, aidera sans doute à assurer un retrait graduel, bien arrangé, des forces américaines d’Irak. Reste à savoir, le cas échéant, si les Etats-Unis sont prêts à payer le prix de ce retrait, en octroyant des marchés, voire récompenser la résistance qui a tué des soldats américains.

Scénarii et prix
Ce ne sont pas de simples interrogations. Il s’agit des points essentiels par rapport à la stratégie américaine au Moyen-Orient et, par là, de la position de la première puissance mondiale et ses intérêts sur le plan régional et international. Si, à titre d’exemple, l’Iran serait sincèrement prête à aider les Américains dans leur retrait, et œuvrer pour ramener la stabilité en Irak contre la préservation de ses capacités nucléaires,l’administration Bush est-elle prête à accepter ce deal ? Cela sera possible si cette dernière, avec le Congrès et le peuple, sont prêts à cette compensation. Cela signifie que Washington cautionne la continuité du régime islamique au pouvoir en Iran, et cesser de faire ce qui est nécessaire pour le faire tomber. Dans ce cas, les Etats-Unis devront fermer les yeux définitivement sur l’acquisition dans l’avenir de la bombe atomique, comme elle l’avait déjà fait avec Israël, le Pakistan, et récemment, l’Inde.
Si les Américains sont vraiment prêts, Gorge Bush devra poser alors une série de conditions, et demandera des garanties qui accompagneront ce virage au niveau des nouvelles relations stratégiques au Moyen-Orient. Cela dit, Téhéran devrait apparemment être prête à pousser le Hezbollah libanais à rendre ses armes et de se transformer en force politique. Donner également les assurances qu’elle laissera tomber ses ambitions d’hégémonie régionale et de ne plus se comporter comme étant le «tuteur» des chiites d’Irak.
Cet éventuel dialogue aura certainement des scénarii et un prix que la majorité aux Etats-Unis serait probablement prête à payer si cela garantira le retrait honorable des troupes d’Irak. Cette majorité a déjà fait savoir qu’elle ne veut ni des bases dans ce pays ni un rôle privilégié au Moyen-orient, notamment après les revers essuyés et les pertes humaines et financières. Aujourd’hui, cette majorité veut s’orienter vers la Chine et le Japon où on ne ressent pas un sentiment anti-américain, et où il n’ y a pas de haine aveugle qui envahit la grande partie des sociétés arabes et musulmanes contre tout ce qui est américain. Cette majorité ne veut pas, contrairement aux néo-conservateurs de la Maison Blanche, une guerre avec l’Iran, ni des frappes militaires contre ses sites nucléaires. Tout ce qu’elle veut, c’est se retirer de ce pays qui risque de devenir un deuxième Vietnam. Pour ce qui est de l’avenir de ce pays arabe que son armée a occupé, il ne l’intéresse pas trop, même s’il est riche en pétrole et en gaz.
Néanmoins, force est de souligner qu’il n’y a pas d’unanimité à l’égard de ce scénario, non seulement, au sein de l’administration Bush, mais aussi entre ceux qui appellent au dialogue. A Washington, le choix militaire n’est pas tout à fait écarté, c’est ce qu’avait indiqué le roi Abdallah II de Jordanie au Premier ministre libanais, Fouad Sanioura lors de leur dernière rencontre à Amman. Cela s’applique également sur la mise en place d’un partenariat stratégique avec l’Iran.
Une troisième guerre qui peut intervenir au Liban cet été, ou des confrontations entre Israéliens et Syriens, pourraient faire tomber à l’eau tous les espoirs d’un dialogue américano-iranien sur lequel misent des courants influents de part et d’autre. Côté Syrie, les analystes politiques estiment qu’un scénario de dialogue, différent certes de celui avec l’Iran, est à l’ordre du jour. Ce dialogue sera le «fruit» de guerres provoquées et bien mesurées qui finiront par ouvrir la voie à un dialogue et pourquoi pas à un accord de paix. Des éventualités que ne renient pas les hauts responsables syriens, tels que le vice-président Farouk Al-Charâah. A cet égard, force est de noter que les leaders de l’administration américaine font, ces derniers temps, face à une inhabituelle problématique en étudiant le cas syrien. C’est la problématique liée aux pressions exercées par le lobby pro-israélien sur Bush et son équipe. Ainsi que sur le Congrès.
Ce dernier, qui ne compte, en aucun cas, changer le régime syrien. Par contre, il estime que sa présence au pouvoir ne nuira pas les intérêts stratégiques de l’Etat hébreu. Comme en Iran, le régime syrien veut garantir sa continuité. Reconnaître ce fait par Washington, cela veut dire fermer les yeux sur son retour au Liban. De là, intervient la divergence entre l’administration américaine et le gouvernement israélien. Le président des Etats-Unis n’est pas prêt à sacrifier le Liban dans un cadre d’un marché syro-israélien. D’autant, que le tribunal international qui jugera les assassins de l’ancien Premier ministre, Rafic Haric, accusera probablement de hauts responsables syriens.
De ce fait, le scénario d’une guerre étudiée et contrôlée entre Damas et Tel-Aviv qui utilisera le Liban comme scène est fort probable.


 

 

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