La Démocratie, une valeur universelle : Le Maroc surfe sur la "quatrième vague"
Benhamed Mohammadi
02 Juillet 2007
La démocratie est-elle une valeur universelle ? Une question complexe à laquelle ont tenté d’apporter des éclairages les experts des sociétés civiles marocaines du collectif «Démocratie et Modernité» et canadienne de l’Association «Droits et Démocratie », à l’occasion du premier Forum international tenu au Maroc.
Tous les chemins mènent-ils vers la démocratie?
Les Etats reconnus comme des démocraties ont-ils définitivement instauré un régime naturel irréversible ? Les Pays émergents, dont le Maroc, sont-ils engagés dans une transition démocratique sereine ou menacée ? Ces interrogations ont fait l’objet de débats animés entre acteurs de la société civile marocaine et nord-américaine, les 8 et 9 juin à Casablanca.
Si la réalité est tout autre et les faits plus têtus encore et diversement interprétés aujourd’hui, en revanche le concept de démocratie est aussi vieux que le monde, depuis que ce concept est attribué à Aristote dans l’antiquité grecque, pour avoir connu des évolutions en dents de scie à travers les siècles traversés par une humanité insatisfaite dans la satisfaction de ses droits, souvent les plus élémentaires. Quel est l’état des lieux sur notre globe ? De nos jours, on s’accorde à fournir au décompte établi, un nombre de 120 Etats de la planète qualifiés de démocraties ou considérés comme telles. C’est dire que plus de 2500 ans après la naissance du concept, il est encore loin de s’affirmer comme une valeur universelle, dont l’exercice est généralisé, car le bilan le plus récent, donne un taux de démocratisation de la Terre, estimé à 65% contre plus du tiers des pays du globe, qui restent des dictatures et des régimes anti-démocrates. C’est dire que les autocrates, les tyrans et les anti-démocrates, sont encore nombreux à gouverner, sans compter le regain d’ambition de l’extrême-droite, dans les pays menaçant les fondements démocratiques de ces derniers. La bataille de l’universalité de la démocratie, est encore loin d’être gagnée.
Les deux premières vagues de démocratisation couvrant les Vieux et Nouveau continent (ce dernier après l’abolition de l’esclavage) et après deux guerres dévastatrices, ont consolidé les fondements de la démocratie consacrée par la promulgation, au lendemain du deuxième conflit mondial, de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il aura fallu attendre un quart de siècle et plus, après la guerre froide, la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’empire soviétique, pour qu’émerge la troisième vague de démocratisation aboutissant à l’intégration de pays comme l’Espagne et le Portugal, ou encore des PECO (Pays de l’ancien Pacte de Varsovie enterré) dans la communauté européenne. Et la quatrième vague, sur laquelle surfe le Maroc, devrait élargir le registre des candidats aux démocraties avec le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord en tête.
Un processus inclusif
Le Maroc est bien parti pour remporter ce nouveau challenge, se sont accordés les partenaires des deux rives à la conférence internationale, avec ses réformes fondamentales, énumérées à nos hôtes américains, par Nacer Chraïbi, président du collectif Démocratie et Modernité, très attentivement suivi par son homologue à la tête de l’organisation canadienne Droits et Démocratie, Jean-Louis Roy : révision de la constitution de 1996, débouchant sur la constitution, en 1998, du premier gouvernement d’alternance dirigé par l’ancienne opposition au régime monarchique, l’IER, l’IRCAM, la Moudouwana, la réforme de l’enseignement, l’INDH, l’AMO, les grands projets et chantiers d’infrastructures, la dynamisation des investissements, une société civile «massive»...Tant et si bien qu’il est permis de positionner le Royaume aux avant-postes des animateurs de la quatrième vague de démocratisation, qui secoue actuellement la planète. Mais Noureddine Ayouch et Fethia Bennis de l’Association Daba 2007 ont tempéré les ardeurs en relevant le constat forçant le désintérêt croissant des citoyens, singulièrement les jeunes, à l’égard de la classe politique. Ce désaveu populaire de la chose politique peut faire effondrer les taux de participations aux suffrages universels, à l’instar des législatives algériennes, qui ont été assombris par une participation estimée à 30% seulement des électeurs. Et même chez nous, car les élections de 2002 ont frôlé la catastrophe avec un taux déclaré de 52% à l’arraché. «Cela peut-être très grave pour l’avenir du pays, car il ne peut y avoir de démocratie sans partis politiques forts, respectés, légitimes, transparents et, surtout, réconciliés avec la société civile et les citoyens», a mis en garde Ayouch. Le faible taux d’inscriptions aux listes électorales en témoigne et tous les efforts doivent être déployés pour atteindre les objectifs fixés d’accroissement de 25% du nombre d’électeurs inscrits, de 20% des nouvelles adhésions partisanes et l’intégration des élites visant 7000 cadres.
Démocratie et sécularisation
Le grand débat
Le professeur de l’université de Delhi, Rajeev Bhargava, brillant orateur a souligné que «l’Inde est un Etat séculaire fondé sur le respect de la mosaïque des religions et confessions qui y coexistent», se démarquant de l’Occident acharné dans l’exclusion des questions religieuses de la gouvernance politique. En revanche, la laïcité du Vieux et Nouveau continent persiste à appliquer le principe d’une démocratie garante des droits de l’homme, en excluant la religion du jeu des pouvoirs réfractaires à toutes références aux questions religieuses. Pour sa part, le professeur universitaire casablancais, Mohamed El Ayadi, a tenu à mettre les choses au point, en rappelant que la constitution des premiers Etats musulmans séparaient, de facto, les questions politiques et religieuses, tandis que leurs sociétés, elles, étaient dominées par les principes et référentiels de l’Islam. Pour l’universitaire américain John Parisella, «la règle constitutionnelle de la séparation de l’Etat et de la Religion, doit être soutenue par le principe des accommodements raisonnables» qui font que la laïcité n’est pas contre la religion et que cette dernière, occupe toujours une place importante dans le débat public, tant au Canada qu’aux Etats-Unis.