N°356 - 23 Février 2004
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N°356 - 23 Février 2004
 



 

 




La police de proximité est née

Par Abdelhak Najib et Karim Serraj
23 Février 2004

Sécurité au Maroc


1000 nouveaux postes de police seront inaugurés au Maroc d’ici 2007. Rien que pour l’année 2004, 300 nouveaux postes verront le jour, dont 130 pour la ville de Casablanca. La police de proximité est née. Sa philosophie : être au service du citoyen. Ses ambitions : changer l’image de l’autorité et devenir un véritable acteur social dans la vie de tous les jours. Comment et de quelle manière cette nouvelle police sera-t-elle mise en place ? Quels sont les nouveaux moyens mis à sa disposition? LGM publie à partir de cette semaine une série d’enquêtes pour mieux comprendre les enjeux et les objectifs du nouveau concept de la loi au Maroc

C’est fait. Ce que les Marocains attendaient depuis des décennies est en passe de devenir une réalité bien tangible. Cette vision noire de la police répressive, parfois même “outrageante” avec tout son cortège de dérapages, d’exactions et d’abus se devait de céder la place à une nouvelle approche plus humaine, plus citoyenne, plus proche du citoyen, de ses préoccupations et de ses attentes. Le tout pour accompagner un Etat de droit qui met la loi et son respect pour tous et par tous au-dessus de tout. Cela ne pouvait se faire du jour au lendemain. On ne pouvait trancher avec les résidus du passé et les sédiments de plusieurs décades comme dans un tour de magie avec un simple souhait. Il était de fait inconcevable pour un pays qui s’est inscrit dans une ouverture à la fois politique et sociale, de continuer à vivre sur des acquis sécuritaires imposés par des visions archaïques et souvent scandaleuses.
Pour tous ceux qui ont suivi ce processus de changement qui s’opère au Maroc depuis l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI, il est évident que l’un des premiers signes forts a été de couper court avec les agissements d’une époque sur le plan de la sécurité. Mais il était aussi important pour que ce processus de coupure soit efficace qu’on laisse le temps au temps de poser les jalons d’une nouvelle vision où le Marocain est le centre d’intérêt de la Nation et la priorité du Souverain. C’est dans cette optique qui participe d’un ensemble que les avancées au niveau de la sécurité devaient éviter les précipitations et surtout la détermination de changer pour changer. Une telle entreprise, souvent considérée comme le point noir dans ce pays, se devait d’être étudiée avec beaucoup de profondeur pour exploiter les erreurs du passé en vue de redonner au Marocain la confiance, la sérénité et le bien-être, ce qui est d’abord et avant tout le rôle de la police et de la sécurité qui veillent sur le citoyen et qui ne sont plus une métaphore musclée de la répression. C’est dans ce cadre que s’inscrit la nouvelle philosophie de la Direction générale de la sûreté nationale au Maroc.
La prévention d’abord
Au Maroc, on a jusqu’à présent négligé l’action préventive au profit de l’action répressive, avec tous les aléas que cela comporte. Il a fallu attendre que la réalité impose sa loi pour passer à l’action alors que la logique voulait que l’on agisse en amont en prévoyant le crime, en le devançant pour éviter le pire. Le nouveau concept de la police marocaine tend aujourd’hui à corriger et à inverser la logique de cette démarche. Il y a aujourd’hui un besoin nécessaire pour le citoyen de se sentir en sécurité. Mais le pays a également besoin d’une sécurité maximale. Pourquoi ? La réponse est très simple.
Notre développement économique, la sérénité des investissements internes ou externes, le tourisme, les activités d’exportation et toutes les autres activités économiques nécessitent de s’inscrire dans le cadre d’un pays réputé sécurisé. Sans oublier que les enjeux mondiaux qu’ils soient politiques, économiques ou culturels dépendent aujourd’hui du degré de sécurité de tel ou tel pays. Et le Maroc a pris conscience de cet état de choses bien avant les attaques du 16 mai 2003 qui sont venues mettre dans l’urgence l’application de cette vision qui a permis, depuis, de sauver le pays des tentacules meurtrières de la nébuleuse salafiste, plus grand danger qui ait guetté le pays dans toute son histoire récente et moins récente.
“Formation, mobilité, liaison” tels sont les mots d’ordre qui président à la nouvelle philosophie de la police. Le passé avait privilégié la logique de l’augmentation des effectifs et avait tablé sur une conception répressive de la loi et des forces de l’ordre qui n’est plus d’actualité aujourd’hui et ne s’inscrit plus dans les nouvelles priorités. Autrement dit, cela ne menait à rien ! Cette logique de privilégier le renfort en augmentant les effectifs était une fausse route car chaque année on criait au manque d’hommes et au scandale sécuritaire. Pourtant, près de 45.000 policiers sont recensés et travaillent, chaque jour, sur le territoire national. Selon les nouvelles directives et le concept révolutionnaire mis en place depuis quelques mois au sein de l’Administration centrale, cette surenchère de l’augmentation des effectifs est à remplacer par une politique de rationalisation et de meilleures redistributions des ressources humaines disponibles. Cela s’est fait après un diagnostic exhaustif des effectifs existants. On a étudié quelles étaient les priorités pour pouvoir mieux travailler avec ce qui est déjà mis en place. Le secret étant de mieux gérer les dispositifs existants pour éviter les surenchères et toutes les solutions de facilité qui voyaient dans l’augmentation des effectifs une manne tombée du ciel pour soi-disant solutionner tous les problèmes de la sécurité dans le pays. Sans oublier que plus d’effectifs équivalaient à plus de dépenses, chose qui n’est pas aisée dans un budget d’Etat déjà très serré dans des zones-clefs pour le développement du pays, allant de l’habitat à la scolarisation en passant par la santé et le travail. Le défi à relever est de faire en sorte que la sécurité soit assurée sur la base de ce qu’il y a en tablant sur une meilleure gestion qui soit logique et rationnelle et qui part d’abord des réelles nécessités du pays. D’où l’importance d’un remaniement structurel qui sera au cœur de la vie du Marocain.
La proximité et ses atouts
Il faut savoir qu’il existe depuis quelques mois au Maroc un important programme en matière de prévention. Une nouvelle formule qui est en train de prendre forme et de faire ses preuves un peu partout où elle a été mise en pratique. Ce programme se développe autour de deux nerfs essentiels qui sont : d’abord le renforcement de l’implantation des forces de l’ordre pour créer une police de proximité. Ensuite la multiplication des petites unités d’intervention capables d’agir efficacement dans l’urgence et en temps réel.
Il s’agit en premier lieu de la mise en place, dans les quartiers, de postes de police qui ne feront pas de la répression, mais de l’observation en vue d’intervention légère en préparation à une autre plus corsée si le besoin s’en fait ressentir. Ils seront ouverts 24h sur 24h et auront pour objectif de rester à la disposition des populations pour leurs doléances, leurs plaintes, leurs déclarations... Ces nouveaux postes disposeront d’une patrouille qui circulera à pied régulièrement dans le quartier. Ceci a une double fonction : faire sentir aux populations que la présence policière est effective et qu’elle se met au courant de tout ce qui sous-tend la vie d’un quartier, puis en second lieu jouer psychologiquement sur les velléités criminelles ou délinquantes des uns et des autres. Il y a aussi une autre patrouille prête à surgir en cas d’urgence et d’appel pour venir en aide aux citoyens. C’est exactement cela le concept novateur de ce qu’on appelle la police dite de proximité car son rôle a été modelé pour aider les citoyens en leur disant : “nous sommes là pour vous, appelez-nous quand vous voulez car nous sommes à votre disposition”. Et non comme on pourrait le supposer pour accentuer la répression en pénétrant au cœur des quartiers. Le message qui doit être saisi n’est pas un renfort pour faire peur, mais une présence effective pour rassurer et servir.
1000 nouveaux commissariats
Tout ceci est un programme global qui s’étend jusqu’en 2007. Il permettra de créer pas moins de 1000 nouveaux postes de police dans les principales villes du royaume comme Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Tanger et d’autres grandes agglomérations qui ont besoin de plus de service de proximité. Mais il faut savoir que cette échéance n’est qu’une seule étape sur le chemin de la rénovation du système et de ses jalons importants. Elle sera certainement suivie par d’autres mesures pour mieux cadrer tout le territoire. Le programme pour l’année 2004 représente 300 nouveaux postes de proximité, dont 130 rien que pour la ville de Casablanca. Ce qui est normal vu que c’est la plus grande ville du Royaume et surtout la ville qui a souffert dans sa chair des suites du 16 mai. Ce programme est le fruit d’une convention entre la Direction générale de la sûreté nationale et les collectivités locales. Celles-ci seront chargées de construire les postes pour lesquels les besoins sont déjà identifiés. Encore un point fort de cette nouvelle approche qui met l’accent d’abord sur les zones prioritaires, les lieux qui ont un profil particulier où la présence de la police est nécessaire. Et c’est là le rôle des collectivités locales qui connaissent leurs populations. Aujourd’hui, les plans sont déjà prêts et les marchés sont en cours de préparation pour être lancés. C’est une affaire qui devrait prendre encore six ou huit mois avant d’être achevée et que l’implantation de la police de proximité ne soit effective. Dans cette implantation, les nouveaux locaux ont été répartis en surface, selon un quota de population dans les différentes circonscriptions pour mieux cibler les actions et ne pas laisser de failles dans les zones nécessiteuses. La police de proximité sera composée d’éléments de la police qui n’auront pas à faire d’enquêtes ni d’interventions, mais de la prévention. C’est un aspect novateur dans cette thèse appliquée depuis quelques mois par l’Administration centrale de Rabat. C’est un fait nouveau qui accompagne la nouvelle vision de la sécurité. Le deuxième niveau de la police de proximité consiste en la multiplication des petites unités d’intervention capables d’agir efficacement. L’aire d’intervention de la nouvelle police ne concernera que les scandales, les vols, les accidents de la circulation, la petite délinquance. Il s’agit d’agir rapidement et de rétablir l’ordre et la circulation, de sécuriser l’espace en attendant la police judiciaire qui viendra peu après pour faire son enquête.
Rationaliser les compétences
Ce qui ressort de ce nouveau dispositif, c’est que les responsables s’acheminent vers une formule qui a fait ses preuves dans d’autres pays du monde où la police administrative est chargée de l’action préventive. Une action qui se situe en amont des événements, les anticipe pour éviter qu’ils n’aient lieu sur le terrain. Plus l’action préventive est soutenue, moins l’action répressive se manifestera. Ce qui est certain, puisque quand dans un pays le taux de l’action judiciaire atteint des proportions importantes cela signifie que la police fait beaucoup de répression. C’est en quelque sorte le baromètre des faits, l’indice qui permet de prendre le pouls de la société. Les pays modernes et avancés ont beaucoup investi dans la prévention et c’est pour cette raison qu’ils ont un taux de criminalité relativement bas en comparaison avec le développement de ces pays et le nombre de leurs habitants.
Dans ce sens, les nouveaux postes de proximité seront constitués d’éléments de la police et la Direction générale n’a pas demandé, pour l’année 2004, une augmentation de son effectif. Alors comment la police entend-elle créer autant de nouveaux services sans pour autant faire appel à de nouvelles recrues ? Selon les choix qui ont été décidés et la stratégie mise en œuvre, les ressources humaines seront soumises à un reprofilage qui permettra d’exploiter avec plus de rigueur les compétences existantes. C’est-à-dire un redéploiement des moyens locaux et des hommes formés physiquement, mieux instruits intellectuellement pour pouvoir répondre à la mission. Ce qu’on a enfin compris c’est que la formation se fait à plusieurs niveaux et ce ne sont pas uniquement les aptitudes physiques qui représentent l’efficacité d’un policier. Il y a l’approche psychologique qui fait d’un agent de police non seulement un corps en uniforme qui doit faire de la dissuasion, mais aussi une personne capable d’évaluer une situation, de comprendre les actions des criminels en puissance pour mieux les appréhender. Une démarche de ce nouveau concept de la police qui leur donnera une mobilité plus accrue pour palier le manque d’effectifs. Mais cette décision ne pouvait se faire sans un autre point crucial : les moyens. Il faut dans ce sens renforcer et développer les moyens de liaison. Les véhicules et les outils de liaison sont cruciaux pour les policiers qui circulent dans les villes et les campagnes marocaines. En cas d’action, il est plus facile de les regrouper, d’intervenir et de coordonner les interventions entre les unités. La police entend utiliser l’existant en donnant aux hommes de nouveaux moyens et une nouvelle formation.
La police de proximité ne pourra se faire sans une meilleure collaboration avec les agents d’autorité et les élus. La police n’a pas tenu compte jusqu’à présent des élus alors que ces derniers sont partie prenante du projet social sécuritaire. Les élus seront des interlocuteurs privilégiés au moment des implantations dans les quartiers des nouveaux postes policiers.
Aussi, des centaines  de communes et d’arrondissements ont-ils émis le vœu de voir dans leurs quartiers respectifs de nouveaux postes, cette synergie entre les élus et la police étant une garantie du pont que cherchent à instaurer les forces de l’ordre avec le public.

Pour tous ceux qui ont suivi ce processus de changement qui s’opère au Maroc depuis l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI, il est évident que l’un des premiers signes forts a été de couper avec les agissements d’une époque sur le plan de la sécurité. Mais il était aussi important, pour que ce processus de coupure soit efficace, que l’on laisse le temps au temps de poser les jalons d’une nouvelle vision où le Marocain est le centre d’intérêt de la Nation et la priorité du Souverain.


 

 

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