N°545 - 05 Octobre 2007
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N°545 - 05 Octobre 2007
 



 

 




Ghita Benabdeslam : “Il est parfois difficile de pardonner à des gens qui vous ont auparavant blessé…”

Samir El Mellali
06 Octobre 2007

Elle a entamé sa carrière artistique au milieu des années soixante-dix avec la «reprise» de la célèbre chanson « Allah aâliha k’sara » composée initialement par son
père Mohamed Benabdeslam à la chanteuse Naïma Samih,
qui était elle aussi, à ses
débuts.
Parallèlement à la chanson, Ghita Benabdesslam s’est aussi essayée au cinéma où elle a tourné trois long-métrages: «Al Kanfoudi» de Nabyl Lahlou, «Brèche dans le mur» de Jilali Farhati et « Les bras d’Aphrodite », une coproduction roumano-marocaine.
Il y a une vingtaine d’années, Ghita avait choisi le chemin de l’exil artistique à Londres pour des raisons personnelles. De retour définitif récemment dans son pays, elle nous a fait part de ses impressions.

La Gazette du Maroc : Vous venez de rentrer au Maroc après un “exil” artistique d’une vingtaine d’années en Grande-Bretagne. Quel est votre sentiment actuel ?
Ghita Benabdesslam : Un sentiment de joie. En effet, j’ai passé toutes ces longues années en Angleterre où je me suis installée avec ma petite famille. Outre le fait que la Grande-Bretagne nous a accueillis, j’ai toujours eu le mal du pays. Je puisais mon réconfort et mon énergie dans la présence de mes enfants à mes côtés. C’était difficile par moments, parce que je ne me sens vraiment chez moi qu’ici au Maroc.

Votre arrivée sur la scène artistique est-elle dûe au hasard, ou bien avez-vous tenu à devenir chanteuse dès le départ ?
En toute modestie, c’est une question de talent et de ferme volonté d’atteindre le but qu’on s’est fixé. Le hasard n’a rien à voir là-dedans.

Et si vous n’aviez pas été artiste, pour quels trois autres “métiers”, à citer par ordre de préférence, auriez-vous opté ?
Eh bien, dans ce cas-là : Artiste, artiste ou bien artiste !

Vous êtes parmi les chanteuses les plus en vue au Maroc. Quels rapports entretenez-vous avec certaines de vos consoeurs qui ne voient pas votre présence d’un bon oeil ?
J’entretiens des rapports cordiaux et respectueux avec tout le monde, sans exception. Du moins de ma part. Mais, on ne peut pas interdire aux gens de penser différemment.

... Et en ce qui concerne vos rapports avec les musiciens ?
Par le passé, mon père s’occupait de la majorité des répétitions et des enregistrements. De ce fait, il ne me restait plus qu’à placer ma voix. Mes rapports avec les musiciens étaient donc assez limités.

Et qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, parce que je compose mes propres chansons, j’ai bien sûr un contact direct avec les musiciens. Et jusqu’à présent tout se passe très bien.

Dans votre vie artistique, comme dans la vie de tous les jours, est-ce que l’échec vous fait vraiment peur ?
L’échec fait peur à tout le monde, qu’il soit artiste ou non. Personnellement, j’essaie de ne pas m’aventurer dans les sentiers où un certain échec risque de me surprendre pour anéantir mes efforts.

Pardonnez-vous facilement à ceux qui vous découragent, vous dénigrent et tentent de vous mettre les bâtons dans les roues ? En un mot, oubliez-vous vite le mal dont vous êtes la cible ou bien adoptez-vous une attitude rancunière ?
C’est vrai qu’il est parfois difficile de pardonner à ceux qui vous ont blessé, mais je résiste difficilement à un regret sincère provenant du fond du coeur.

Quand l’un de vos droits a été bafoué, de quelle manière réagissez-vous ? D’ailleurs, êtes-vous colèreuse ?
Pas du tout ! J’ai appris dans la vie que la colère obscurcit l’esprit. S’il y a un orage, j’attends qu’il passe. Mais, je ne renonce jamais à mes droits, si je suis convaincue qu’ils sont légitimes. Je temporise seulement et j’attends le moment propice pour les réclamer de la manière la plus calme et la plus sereine qui soit.

Vous avez entrepris assez fréquemment des Soirées artistiques que ce soit au Maroc, en Egypte ou ailleurs. Cela vous a-t-il rapporté gros ?
Comme au Tiercé ? (rires de Ghita). Vous savez, chaque peine mérite salaire et l’on ne récolte que ce que l’on sème. N’en déplaîse aux éternels “fainéants” qui ne font que se plaindre et attendre « que des poulets rôtis leur tombe du ciel, dans la bouche » comme le dit un célèbre dicton chinois !

On dit de vous que vous êtes très romantique, trop même. Est-ce vrai ?
Effectivement, je le suis, car je crois à la pureté des sentiments. Mais, je ne suis pas pour autant fragile et rien ne peut me détruire ou détruire mon moral et mon ambition. Pour faire ce métier, il faut avoir des nerfs solides et être réaliste, reste que la vie parfois vous fait plier. Il faut juste essayer de ne jamais casser...

La “retraite”, forcée ou non, dans le monde artistique, c’est quoi pour vous?? Vous fait-elle peur ? quoique vous en êtes encore loin...
C’est un mot qui n’existe pas dans mon lexique. Personnellement, je sais que j’ai encore beaucoup de choses à dire dans mon métier et je tiens à les exprimer, les concrétiser. Je voudrais aussi contribuer à l’essor de la production artistique au Maroc. Je suis pleine de projets et d’idées. Alors, la retraîte, connaîs pas !

Avez-vous une dent contre ceux qui vous adressent des critiques gratuites et non fondées dans la presse, qu’elle soit marocaine ou arabe ?
Cela arrive, mais très rarement. Toutefois, je n’ai aucune dent contre personne. Je ne suis pas enragée, moi !

Etes-vous pour ou contre l’idée que deux artistes unissent leur vie ?
Franchement, je ne pense pas que l’union de deux artistes dans le mariage soit une bonne idée ...

Et pour quelle raison, selon vous ?
Tout simplement, parce que les artistes, en général, ont un égo insatiable et une sensibilité à fleur de peau. A mon avis, pour que cette union réussisse, l’un des deux partenaires, doit obligatoirement prendre le siège arrière. Et cela, afin de permettre à l’autre de briller plus que lui. Malheureusement, en général, c’est la femme qui accepte le compromis. Eh oui?! Egalité, lorsque tu nous tiens !

Dites-nous, Ghita, quel est votre plus grand regret dans la vie ?
Pour vivre le présent et affronter l’avenir, il ne faut jamais avoir de regret. C’est ma devise.

Côté habillement, êtes-vous dépensière??
Non, je ne suis pas une accro de la mode?! Cela n’empêche pas que je donne au côté habillement assez d’importance. J’aime l’élégance et ce que je dépense dans ce rayon-là, je le fais dans la limite du concevable et du logique.

Pour terminer, dans votre vie de tous les jours, êtes-vous assez entourée ou renfermée ?
Renfermée ? Pas du tout ! Bien au contraire. Je suis très sociable. J’ai la chance d’avoir dans la vie, en plus de bonnes amies de longue date, des soeurs très proches, serviables et gentilles. De ce côté-là, rassurez-vous, je ne manque de rien.


 

 

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