C’est quoi cette troublante fascination pour l’autodestruction !
Omar Rifi
28 Octobre 2002
Officiers libres, CIH, identité culturelle
Il n’y a pas que les vérités qu’on cache qui s’enveniment, certaines “ vérités ” ou données pour telles sont plus venimeuses encore.
Pourtant, elles sont étalées au grand jour, par journaux interposés. On dirait que leurs auteurs ne cherchent pas la vérité en soi, mais qu’ils sont plutôt enclins à s’amuser de la confusion. Du désastre moral de tout un peuple : on accuse l’armée, toute l’armée, on met à l’index son chef suprême et Chef de l’Etat, on remet en doute l’identité culturelle. On met le feu là où on est tous en sécurité. C’est la loi de “ après moi le déluge ”, pure et dure. Commençons par les révélations de Zine Zahidi contenues dans le dernier numéro du Journal Hebdo. Concernant les scandales financiers qui ont entouré la gestion du Crédit immobilier et hôtelier, CIH, les “ vérités de Z. Z ” ont impliqué tout le gotha politico-financier du pays. Les concernés commencent à riposter, mais l’inadmissible ce sont ses propos à l’égard de la famille royale, S.M. Mohammed VI en tête. Z.Z, en première loge de ce scandale, a voulu être la voix de la vérité. Mais, s’il croit qu’elle caractérise ses révélations c’est parce qu’il nous rappelle le décor de l’impunité sévissant des années durant. Un décor semblable à celui du théâtre “ No ”, où ombre et lumière se nourrissent l’une de l’autre. Là-dessus, le génie ressemble plus à l’habitude qu’à la témérité : Etant donné que Z.Z a toujours bénéficié de ce clair-obscur ; il n’a jamais dit “ non ” au moment opportun ! Maintenant qu’un rai de lumière traverse cette dimension opaque, on a droit à un chevauchement du jour sur la nuit.
Une question, cependant : pourquoi Z.Z a gardé en secret, de façon amorale, ses confessions ? Veut-il jouer la victime et bénéficier, en même temps, de ses prébendes ? Simple question, si on admet que le CIH était sa “ terre d’exil ”, une punition ? Faudrait-il écrire des épreuves ou les inventer ? Autre simple question à laquelle seule la justice peut répondre. Mais, c’est justement là que Z. Z ne répond pas à l’appel.
Autrefois, ses visites au palais royal lui donnaient des ailes, maintenant, vues de l’étranger, elles lui donnent plutôt “ des zèles ” d’imagination : l’ex-directeur est un être angoissé et “ l’individu dans son angoisse non pas d’être coupable mais de passer pour l’être, devient coupable ! ”.
Personne ne peut défendre les malfrats, encore moins quand ils sont poursuivis pour malversations, dilapidation de biens publics et autres corruptions. C’est là un lien commun. Mais un lieu commun peut s’apparenter à une “ vérité ” dont les contours, les éléments et les preuves sont imprécis. Cela devient plus grave quand l’opacité perdure. En ne ménageant personne. Même les morts, alors qu’on peut toujours dire la vérité “ sans blesser les morts ” comme dirait un poète.
Z. Z et les vérités, ne sont pas les seuls qui nous viennent d’une planque d’ailleurs. Surtout de pays qui ne portent pas le nôtre dans leur cœur. Pas au pluriel, d’ailleurs. Car on dirait qu’ils cultivent les mêmes sentiments à son encontre. Machination ?
Si c’est le cas, alors on est des aliénés patentés. Preuve : on constate, désemparés, une troublante fascination pour la machination. Prenons pour deuxième exemple, ce fameux comité des officiers libres.
Pour Mustapha Adib, la vérité va beaucoup mieux avec l’imagination qu’avec le réel. “ Le mouvement des officiers libres, a-t-il déclaré au Reporter, ce sont des officiers en activité”. Ou encore : “la presse étrangère a même dit qu’ils étaient en fonction au Sahara ”. Pourquoi donc la presse étrangère ? “Car, ajoute-t-il, dans l’armée tout le monde n’est pas conscient des progrès faits par la presse nationale”. Que se passe-t-il donc quand on croit être du côté de la vérité et qu’on s’adresse, dans un jeu de miroir confus, à l’étranger ? Il se passe “qu’il y a cette mentalité qui veut que pour qu’une chose arrive,
il faut qu’elle passe par l’étranger” ! Adib, lui, en a déjà fait l’expérience, il sait donc de quoi il s’agit. On se souvient de ses déclarations au journal “ Le Monde”, qui se sont soldées par la prison. Cette fois encore, on est en droit de se demander : peut-on toujours sauvegarder l’honneur, si on a perdu l’estime de soi ? La question s’impose car c’est à un scénario cauchemar que nous assistons avec cette rumeur des officiers libres : que cherche-t-on au juste ? Un pseudo-comité s’exprime en requérant l’anonymat, en faisant fi de toutes les valeurs et normes. Son communiqué (n°1, SVP, car le n°2 semble en voie d’être ficelé quelque part dans une des salles de rédaction aux allures de radio clandestin !) met en cause l’action du Chef suprême des FAR. On y lit ce qui suit : “l’action du Chef suprême et Chef de l’Etat-Major général des Forces Armées Royales n’a fait que renforcer le pouvoir des généraux en place et de certains officiers supérieurs en puisant davantage encore dans les caisses des différents corps de l’armée”. (sic). Les dires de ce comité menaçant “de passer à l’action directe”, sont reproduits, commentés et parfois même pris pour argent comptant, par-ci, par-là.
Sans indignation, ni esprit critique. Pis, encore. On échafaude les scénarios, fait et refait tous les cas de figure : et si c’était l’Algérie et l’Espagne qui sont derrière ce “coup” ? Pourquoi pas S.M. le Roi en personne ?
Parfois même on se métamorphose. On voit le bien, et on l’approuve. Mais, on s’attache au mal. Avec intelligence, pardi ! Méchamment !
Pour finir, allons à Meknès. Là où des militants amazigh ont opté pour les lettres latines comme choix scriptural. Car ni l’arabe ni le tifinagh ne semblent leur plaire. L’identité culturelle, et c’est une autre paire de manches, n’est pas non plus épargnée.