Il a fallu que le représentant du pouvoir législatif s'en mêle, pour comprendre ce que veut réellement le pouvoir exécutif. La chambre explique ce que le gouvernement entend faire du mode de scrutin de toutes les réactions et les critiques.
C'est un Abdelouahed Radi très franc qui a révélé, lors d'une rencontre à Casablanca tenue le lundi dernier, les dessous de la loi organique relative au Parlement, autrement le projet de loi sur le mode de scrutin qui a, jusqu'ici, fait couler beaucoup d'encre. Nous voulons réduire le nombre de partis, a-t-il déclaré d'entrer de jeu.
Le pourquoi du comment ? «Trop de pluralisme tue le pluralisme» et surtout «nuit inévitablement à la construction de la démocratie». Pour le premier secrétaire adjoint de l'USFP, le parti de la majorité, ladite loi s'inscrit «justement dans la ligne droite de la rationalisation de la vie nationale». Pour un système politique en évolution, «il est grand temps qu'il passe à une étape beaucoup plus avancée» sans laquelle «il traînera la patte» et risque de «perdre sa propre liberté» dans un monde mondialisé. C'est dire l'enjeu qui motive les partenaires politiques et autres acteurs de l'échiquier.
Retour en arrière
Une fois adopté par la majorité, le mode de scrutin de liste a suscité une vive polémique : levée de bouclier. Chaque parti y est allé de sa réthorique et de sa critique. L'opposition s'est organisée en rang de bataille, la gauche radicale, entre autres, a sonné la cavalerie.
Les petits partis ont, en effet, toutes les raisons du monde pour en faire l'hallali. Un seuil de 7 % requis pour la redistribution des sièges est à même de les neutraliser à jamais. Ou, en cas de bon sens, les inciter à se regrouper et former des coalitions et autres unions. A maintes reprises réitérée, la perspective n'est pas pour déplaire aux pouvoirs publics apparemment très animés par cet objectif.
On en est d'ailleurs en phase de législation. La question, que le débat houleux a évidemment relégué au second plan, est plus "viscéralement politique" que les prises de positions criardes.
La voici : l'Etat, qui plus est dans une phase transitoire est-il habilité à légifèrer pour faire avancer la transformation? La réponse, choisie par le gouvernement, est visiblement par l'affirmative.
Pluralisme
Il va sans dire que la question traîne également son cortège de sous-entendus et de mésententes aussi. N’est-on pas en train d'étouffer l'expression politique ? Les mesures défendues par l'exécutif
ne sont-elles pas de nature à tracer les limites de la pratique politique ? Autant de questions qui, implicitement ou explicitement font courir les partis et les "objecteurs de conscience"."Une démocratie faible est le résultat d’un système de parti tout aussi faible" laisse entendre ce quadra socialiste. "il faut légifèrer" laisse tomber un membre de l'Istiqlal. L’ «Etat a déjà procédé de la sortie pour faire évoluer les choses» renchérit un autre. Exemple ? Code de la famille, code du travail et on en passe.
En termes de démocratie, le Maroc n'est pas une exception. "les grandes démocraties du monde, telle la GB. Les USA, ou l'Allemagne, ne comptent pas plus de trois à quatre partis". Et si la nature n’a pas fait son travail sous nos cieux, il faut aider l'histoire : les juristes appellent ce genre de procédure les mesures positivisionnistes. Sorte de couveuse pour une maturation in vitro.
Post 2007
Quels enjeux en fait se profilent derrière cette option ? Ceux qui ont suivi l'intervention de Driss Jettou devant la deuxième chambre aurait retenu, surtout, qu'il avait le regard au-delà de 2007. Simple exercice d'un chef de gouvernement qui a réhabilité le plan dans la politique nationale ? En fait, la perspective de la même majorité reconduite après les législatives 2007 n'est pas que pure spéculation. Et c'est là que le seuil de 7 % prend toute son ampleur seules quatre à cinq grandes formations politiques y survivront.
On devine donc le scénario prochain. Si la victoire du PJD ne fait pas de doute, celle des autres aussi, mais avec des scores plus ou moins différents des résultats obtenus en 2002. On aura le PJD donc, et les autres actuellement en groupe de commande. Rien, absolument rien ne milite pour un bouleversement de la situation de telle manière à ce que le PJD fera partie de l'équipe aux commandes.
Les amis de Saâdeddine Othmani l'ont-il déjà compris ? Plus, il paraît que c'est ce qui leur dicte leur prise de position. La dernière en date : un meeting, en concert avec 12 hezbicules, pour condamner le mode de scrutin. Le PJD, pourtant partisan d'un seuil très élevé, a tourné casa, que pour se trouver une place parmi les petits. Tout un symbole.